BFM Business

Comment la voiture autonome va tout changer au prix des assurances

En 2030, les conducteurs de voitures non-autonomes paieront très chers leurs primes d'assurance.

En 2030, les conducteurs de voitures non-autonomes paieront très chers leurs primes d'assurance. - elycefeliz-Flickr

La généralisation des voitures autonomes en 2030 va réduire les revenus de l’assurance automobile, mais augmenter sa rentabilité, selon une étude du cabinet Ptolemus. Mais pour cela, les conducteurs de voitures non-autonomes paieront eux beaucoup plus cher leur assurance.

Les compagnies d’assurance sont des acteurs majeurs dans l’arrivée sur le marché des voitures autonomes. En 2030, 380 millions de voitures dans le monde disposeront de technologies semi, hautement ou pleinement autonomes. Et devant cette déferlante annoncée de véhicule sans chauffeur, les compagnies d’assurances se frottent les mains. Selon une étude du cabinet de conseil Ptolemus, le secteur de l’assurance automobile retrouvera en effet les profits vers 2030, grâce à ce nouveau marché. Deux tendances vont alors se croiser.

Baisse des revenus des assureurs

Tout d’abord, cette augmentation du nombre de voitures autonomes sur les routes réduira dans un premier temps les revenus de l’assurance automobile. "Avec l’arrivée de cette nouvelle mobilité, les gestionnaires de flottes de voitures autonomes ou les constructeurs s’assureront, non plus les particuliers, souligne Matthieu Noël, spécialiste automobile chez Ptolemus. Les revenus générés par l’assurance automobile baisseront alors de 40%, selon nos estimations". D'un revenu global de 373 milliards d'euros en 2015, soit 790 millions de polices actives, le marché tombera à 313 milliards d'euros, avec 910 millions de polices actives.

Explosion des primes des véhicules non-autonomes

Mais cette baisse cache un second mouvement, bénéfique pour les assureurs, mais beaucoup moins pour les particuliers. La voiture autonome, partiellement ou à 100%, est considérée comme beaucoup plus sûre que la voiture classique. "Un client qui utilisera au quotidien les fonctions autonomes de sa voiture sera perçu comme un conducteur plus sûr. A contrario, conduire un véhicule classique sera considéré comme un comportement très dangereux, par rapport aux solutions autonomes", poursuit Matthieu Noël. Résultat: les conducteurs de voitures "à l'ancienne" verront leur prime progressivement augmenter. Malgré la baisse des recettes générées avec les contrats auto, les assureurs se frotteront les mains car cette activité sera plus rentable.

La valeur des algorithmes

"Les profits viendront aussi de la réduction du nombre d’acteurs, prévoit Matthieu Noël. Les assureurs qui continueront de se baser sur les statistiques, selon la tradition de l’assurance automobile, et non pas sur les données recueillies via de petits boîtiers embarqués sur les véhicules ne proposeront pas d’offres de prix cohérentes". Et donc disparaîtront.

Certaines compagnies d’assurances installent déjà des boîtiers pour recueillir les données en voiture de leurs assurés, pour calculer des primes personnalisées selon le style de conduite de l’assuré. Aux Etats-Unis, la compagnie Progressive embarque déjà trois millions de boîtiers dans les voitures de ses clients.

La nouvelle valeur ajoutée des assureurs réside désormais dans les algorithmes pour traiter ces données. "Seuls ceux qui recueilleront et traiteront au plus juste les données s’adapteront", soutient Matthieu Noël. Reste à savoir si les usagers accepteront un "mouchard" dans leurs véhicules.

Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto