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Comment la Chine se voit en leader de la voiture électrique

Pas un stand à Pékin sans une voiture électrique exposée. Le salon, qui a ouvert ses portes ce matin, reflète les ambitions du gouvernement chinois: faire du pays le leader de ce secteur d’avenir.

"C’est la première fois que Volvo ne présente que des modèles électrifiés [électrique et hybride, ndlr] sur son stand". L’entrée en matière de Hakan Samuelsson, le président de Volvo, résume à elle seule le salon automobile de Pékin (Chine).

À l’ouverture ce mercredi des portes de ce salon sur le premier marché automobile mondial, l’électrique était partout. Des constructeurs chinois comme BAIC, qui présente une nouvelle version de l’EC Séries la voiture électrique la plus vendue dans le monde l’an dernier, à BMW, qui dévoile une version électrique du SUV best-seller X3, la voiture zéro émission semble l’alpha et l’oméga de l’automobile en Chine, mais surtout un enjeu national.

"Si la Chine est leader sur l’électromobilité, c’est parce que le gouvernement mène une stratégie dans ce sens", résume Dr. Nicolas Peter, membre du directoire de BMW en charge des finances et de la Chine.

5 millions de voitures électriques vendues en 2020

Cette stratégie a d’ailleurs été réaffirmée en 2016, dans le cadre du 13e plan quinquennal. En 2020, la Chine veut que 5 millions de voitures électrifiées soient vendues dans le pays. 24,7 millions de véhicules au total ont été vendus l’année dernière. L’objectif : lutter contre la pollution, mais aussi donner une avance décisive au pays sur une technologie d’avenir qui peut s’appliquer à bien d’autres domaines que la voiture. Et par ce biais, ne plus être dépendant du pétrole étranger (ou à minima, moins dépendant).

"On peut raisonnablement penser que l’objectif de 5 millions de voitures électriques vendues sera atteint, confirme François Marion, directeur chez Valeo pour la Chine. La Chine a l’opportunité d’être le leader du véhicule de demain". Le gouvernement mène pour cela une double politique. D’un côté, il pèse depuis plusieurs années sur les industriels pour les obliger à produire en Chine des véhicules électriques. C’est par exemple le cas de Daimler, ou de Nissan, qui ont tout deux dû créer des marques dédiées à l’électrique, avec leur partenaire chinois.

Contre la pollution, Pékin et Shanghai misent sur l'électrique

Densa, la marque de Daimler, présente ainsi au salon de Pékin la 500, une nouvelle compacte 100% électrique avec plusieurs centaines de kilomètres d’autonomie. Daimler a par ailleurs pris une part important dans BJEV, la filiale Voiture électrique de BAIC qui produit l’EC Séries. 

La Chine vient également de mettre en place une politique de quotas de ventes de voitures électriques imposés aux constructeurs: 10% de crédits en 2019, 12% en 2020. Concrètement, une voiture électrique vendue équivaut en moyenne à 3 à 5 crédits. Pour une voiture sur 10 vendue en électrique, à 3 crédits, le constructeur remplira facilement les 10% impartis.

Le gouvernement, mais aussi les autorités locales ont également largement subventionné les achats de voitures électriques. Des incitations non financières sont désormais l’un des principaux vecteurs d’achat. "Si vous achetez une essence, vous attendrez plusieurs années votre plaque. Si vous avez une voiture électrique, vous l’aurez pratiquement tout de suite", résume Nicolas Peter. Les autorités de Pékin et Shanghai limitent ainsi drastiquement l’émission de nouvelles plaques d’immatriculation, afin de limiter le trafic et donc la pollution. Coup du sort : pour le premier jour du salon de Pékin, le ciel est bleu et dégagé sur la capitale. 

Pauline Ducamp, à Pékin