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Ces régions qui enlèvent une sacrée épine du pied à la SNCF

Trop proche de Paris pour disposer d'une ligne TGV, la Normandie a été longtemps délaissée par la SNCF, que ce soit pour le matériel ferroviaire (trains intercités Corail vieux de 40 ans) que pour les infrastructures

Trop proche de Paris pour disposer d'une ligne TGV, la Normandie a été longtemps délaissée par la SNCF, que ce soit pour le matériel ferroviaire (trains intercités Corail vieux de 40 ans) que pour les infrastructures - Jean Ayissi-AFP

La Normandie est la première des douze régions de la métropole à reprendre à la SNCF la gestion des lignes Intercités la desservant. Le Grand Est annonce être prêt à reprendre trois grandes lignes. Ravi de ce transfert, l'État finance la rénovation de ces axes déficitaires et mal entretenus.

Les régions, qui étudient la mise en concurrence de la SNCF sur les TER, vont-elles gagner la bataille du rail pour les grandes lignes nationales (hors TGV) qui les concernent? Après des décennies de tutelle de l'État, la SNCF transfère à certaines d'entre elles la gestion et l'organisation des lignes "trains d'équilibre du territoire" (ou Intercités), tout en continuant à en assurer l'exploitation.

La région Normandie, première à devenir l'autorité organisatrice de l'ensemble de ses lignes, a passé commande, ce jeudi 24 novembre 2016, de 40 rames neuves. Celles-ci, des Omneo Premium de 430 places sur deux niveaux, pouvant rouler jusqu'à 200 Km/h, seront dotés du wi-fi à bord. Ces trains circuleront sur les lignes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Deauville-Trouville (très fréquentés des Franciliens) ainsi que sur Paris-Rouen-Le Havre, ligne empruntée quotidiennement par des Normands qui travaillent en région parisienne.

"C'est un grand pas en avant pour la Normandie. Dans moins de quatre ans, les Normands pourront voyager dans des trains dignes des TGV" a déclaré le président de la région (LR) Hervé Morin. L'exécutif régional a choisi la solution radicale de prendre en charge l'ensemble des lignes ferroviaires, en échange d'un financement par l'État de 40 rames commandées au groupe Bombardier, au prix de 720 millions d'euros.

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- © Nicole Klein, préfète de la région Normandie, Hervé Morin, président de la Normandie et Guillaume Pepy, patron de la SNCF, ont officialisé la commande de 40 nouvelles rames auprès de Laurent Bouyer, qui dirige Bombardier Transport France.

"Que du bonheur", s'est exclamé de son côté le président de la SNCF Guillaume Pepy. "Le retard de la Normandie va être comblé", a-t-il ajouté, précisant que les premiers trains arriveront en septembre 2019 pour rodage avant une entrée en service début 2020. Trop proche de Paris pour disposer d'une ligne TGV, la Normandie a longtemps été délaissée par la SNCF, tant pour le matériel ferroviaire (les intercités étaient des rames Corail des années 70) que pour les infrastructures.

Le soulagement exprimé par la SNCF est révélateur. En entamant le transfert de lignes "trains d'équilibre du territoire", c'est-à-dire les grandes lignes hors TGV, l'État et la SNCF sont "ravis" de décentraliser leur organisation à ceux qui sont les plus concernés par leur bonne marche: les exécutifs régionaux. Tout en leur transférant une grande partie du financement du déficit de ces lignes...

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- © Les 40 rames à deux étages, Omneo Premium Normandie de Bombardier, pourront circuler à 200 km/h.

En échange, l'État et la SNCF ne laissent pas tomber financièrement les régions. En Normandie, compte tenu des travaux d'infrastructures sur les lignes engagés par la SNCF et de la modernisation du centre de Sotteville-lès-Rouen, pour entretenir les trains normands, la région bénéficiera d'investissements dépassant le milliard d'euros. En contrepartie, la Normandie va prendre en charge les déficits des cinq lignes ferroviaires transférées.

L'initiative normande a déjà suscité des vocations. Trois lignes Intercités vont être transférées à la région Grand Est, après la conclusion d'accords avec l'État qui doivent être approuvés par le conseil régional. L'accord principal concerne la ligne Paris-Troyes-Belfort, dont le déficit s'élève à 30 millions d'euros. Elle sera transférée au Grand Est, en lien avec la région Bourgogne-Franche-Comté. "l'État s'engage à accompagner la région en finançant le renouvellement complet du matériel roulant de la ligne Paris-Troyes-Belfort, soit 19 rames Alstom Coradia Liner neuves pour un montant d'environ 275 millions d'euros, qui seront déployées dès 2017", selon le gouvernement.

Par ailleurs, l'État versera une contribution de fonctionnement à la région à hauteur de 13 millions d'euros. Les régions Bourgogne-Franche-Comté et Ile-de-France compenseront le déficit à hauteur de 3 millions d'euros.

Enfin, la ligne Paris-Belfort sera (enfin) électrifiée entre Paris et Troyes pour 320 millions d'euros, alors qu'actuellement ce sont encore des motrices diesel qui assurent la liaison. Les deux autres lignes Intercités concernées par le transfert au Grand Est sont les axes Metz-Hirson et Reims-Dijon, dont le déficit cumulé atteint une dizaine de millions d'euros.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco