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Automobile: les constructeurs allemands ont un moyen de pression contre Donald Trump  

Audi, BMW ou Mercedes sont dans le colimateur de Donald Trump, qui veut relever les droits de douane sur l'importation des modèles fabriqués en Europe et en Allemagne.

Audi, BMW ou Mercedes sont dans le colimateur de Donald Trump, qui veut relever les droits de douane sur l'importation des modèles fabriqués en Europe et en Allemagne. - Mark Sagliocco / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

165.000 voitures fabriquées en Allemagne ont été vendues aux USA au 1er trimestre. BMW et Daimler risquent eux une double peine: comme importateur, mais aussi comme producteurs de voitures aux Etats-Unis.

Donald Trump s’en est plaint à plusieurs reprises ces derniers mois: il y a trop de Mercedes dans les rues de New York, et pas assez de voitures américaines. Le Président des Etats-Unis a donc décidé d’agir, menaçant le 22 juin de relever à 20% les taxes douanières sur les voitures importées d’Europe (contre 2,5% aujourd’hui).

Lincoln ou Cadillac produisent aussi à l’étranger

"Le problème pour Trump, c’est que les leaders du marché premium aux Etats-Unis ne produisent pas leurs voitures aux Etats-Unis", résume dans un post de blog Felipe Munoz, analyste chez JATO Dynamics.

Seuls les constructeurs premium américains (Cadillac, Lincoln) produisent localement, et encore, pas l'intégralité de leurs véhicules. Lincoln, la marque de luxe de Ford, produit ainsi la moitié de ses voitures vendues dans le pays au Canada et au Mexique, selon des données du cabinet JATO Dynamics.

Le vrai problème de Donald Trump, c’est que les consommateurs américains préfèrent eux acheter des voitures allemandes. Il vise donc essentiellement ces modèles, surtout premium, pour en détourner les consommateurs par des prix trop élevés. Mais quelle est la part réelle des voitures ‘Made in Germany’ sur le marché américain?

Les Allemands, roi du premium

Selon JATO, les voitures fabriquées en Allemagne représentaient au 1er trimestre 164.000 unités, sur les 4,093 millions de voitures vendues sur le sol américain. Et plus de 80% de ces voitures ‘Made in Germany’ sont des modèles premium: un tiers de Mercedes (55.000), un tiers de BMW (47.500), en grande majorité des berlines (surtout pour Daimler, ou Audi).

Mercedes a ainsi vendu entre janvier et mars 78.474 voitures aux Etats-Unis, mais n’y a fabriqué que 17.152 voitures. Le reste vient essentiellement d’Allemagne. Porsche en revanche importe 100% de ses modèles d’Allemagne. BMW fabrique un peu plus localement, grâce à son usine de Spartanburg (Caroline du Sud). Toute la gamme de SUV BMW est ainsi réalisée aux USA, avec des conséquences étonnantes que Donald Trump ne semble pour le moment pas avoir perçu.

BMW exporte plus depuis les USA qu’il n’y importe

Au premier trimestre, BMW a ainsi exporté depuis les Etats-Unis plus de voitures qu’il n’en a importé. 57.206 voitures ont été produites aux USA et vendues à l’étranger entre janvier et mars par BMW, quand le constructeur en importé et vendu 47.500 d’Allemagne sur le sol américain.

De son côté, Audi fabrique également au Mexique: 13.365 voitures vendues aux Etats-Unis venaient de l’usine mexicaine d’Audi au 1er trimestre, 19.000 d’Allemagne.

"Ces droits de douane, s’ils étaient confirmés, remettraient en question le modèle économique pour de nombreux modèles de niche que nous vendons actuellement aux Etats-Unis", témoignait cette semaine un dirigeant d’une grande marque automobile allemande, auprès de nos confrères d’Automotive News.

BMW pourrait alors aussi souffrir d’éventuels droits de douane imposés en retour par l’Union européenne. Idem pour Daimler, qui fabrique surtout des SUV aux Etats-Unis. Cependant, la production de ces modèles best-sellers sur place est peut-être stratégiquement intéressant. Ce segment a le vent en poupe aux Etats-Unis, alors que la demande de berline ou de cabriolets déclinent doucement depuis des années. "Les usines américaines des constructeurs allemands font vivre indirectement plus de 50.000 personnes, souligne François Jaumain, associé PwC responsable du secteur automobile. Cela peut représenter un moyen de pression".

Pauline Ducamp