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Automobile: le coût du travail est-il vraiment le problème de Renault en France?

"Le coût du travail n'est pas toujours l'élément décisif" explique l'économiste Elie Cohen sur BFM Business, alors que Renault a massivement délocalisé ces dernières décennies.

"Pourquoi tant de délocalisations?" C'est la question à laquelle tente de répondre l'économiste Elie Cohen, dix jours après la présentation du plan d'économies de Renault. Pour le constructeur français, c'est le coût du travail qui l'a poussé à externaliser sa production vers l'Europe de l'est ou l'Asie.

Pourtant, d'autres constructeurs, à commencer par Toyota et sa Yaris, ont montré qu'il était possible de produire des petites citadines en France. "Peut-être que Renault ne localise pas sur le territoire national pour d'autres raisons que le coût du travail" souligne Elie Cohen, qui rappelle que "le coût de l'assemblage, c'est selon le modèle 8 à 15%" du prix total. "Ça ne justifie pas la délocalisation massive de tout l'écosystème de production automobile de Renault."

Les impôts de production, "une plaie française"

"Mon intuition, c'est que le coût du travail est un des éléments et pas le seul" poursuit-il. D'abord, "nous avons toute cette fiscalité de la production qui est une vraie plaie française." Les baisses des impôts de production, c'est effectivement un serpent de mer car l'Etat avait déjà bien du mal à s'en passer pour équilibrer ses finances avant la crise. Fin mai, la secrétaire d'État à l'Économie Agnès Pannier-Runacher assurait, sur BFM Business, que cette question était "discutée." Mais c'est pourtant le cas depuis des mois voire des années.

Pour rappel, les impôts de production pesaient 72 milliards d'euros en France en 2016, selon une étude publiée en juin 2019 par le Conseil d'analyse économique. C'est deux fois plus que l'impôt sur les sociétés en 2016, qui s'élevait à 30,4 milliards d'euros selon l'Insee

Des usines qui tournent à vide

Mais "le coût du travail n'est pas toujours l'élément décisif", précise l'économiste. Pour Renault, les difficultés sont aussi liées à une histoire sociale, avec des usines qui ne tournent pas forcément à plein régime. "Nous avons des usines Potemkine, c'est-à-dire des usines qui ont l'air d'être des usines" commente Elie Cohen. Pour l'économiste, c'est "le résultat d'une série de non-choix au cours des 20 dernières années. Pour ne pas provoquer d'abcès de fixation ni avec les syndicats, ni avec le gouvernement, on a préféré vider de leur substance des usines, on a délocalisé plutôt que de penser à un outil de production moderne."

"A mon avis, une position courageuse et intelligente de Renault aurait été de dire : 'nous sommes prêts à investir sur le site France, nous allons faire les nouveaux véhicules ici mais ce sera plus robotisés, plus automatisé" tout en négociant "un pacte social" juge-t-il.

Thomas Leroy