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Air France met le paquet sur l’apprentissage

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Sur l’ensemble de l’année, la compagnie aérienne aura accueilli 2000 apprentis. Un record qu’elle devrait à nouveau battre en 2018 avec le retour des cadets, un cursus interne de formation des pilotes interrompu depuis des années.

C'est l'une des grandes volontés d'Emmanuel Macron: faire de l'apprentissage une filière d'excellence et non une voie par défaut. "Nous devons faire une vraie transformation de l'apprentissage", a-t-il affirmé. "Je veux qu'on arrête avec une forme de tabou sur l'apprentissage qui permet d'avoir des emplois de façon extraordinaire. Simplement c'est mal vu, c'est vu comme une filière d'échec", a déclaré dimanche le président sur TF1.

Chez Air France, l'apprentissage et les contrats pros permettent à l'entreprise de continuer à recruter alors que la situation financière impose de réduire les effectifs. En 2012, la direction d’Air France engage un plan visant à redresser les comptes. Parmi les mesures décidées figure un plan de départs volontaires assorti d’un gel des embauches sur de nombreux métiers. "L’apprentissage nous a permis de continuer à accueillir de nombreux jeunes dans l’entreprise", souligne Laetitia Niaudeau, directrice emploi et diversité d’Air France.

Des alternants majoritaires

Cinq ans plus tard, Air France a retrouvé la voie de la croissance. Et les embauches avec. La direction des ressources humaines estime que d’ici la fin 2017 elle aura recruté "250 cadres (tous métiers confondus), 250 mécaniciens, 60 agents d’escale ainsi que 140 hôtesses et stewards pour Joon", une nouvelle filiale dont les coûts d’exploitation réduits devraient assurer un retour à la rentabilité des lignes où la concurrence est féroce. Pour autant, les alternants restent majoritaires parmi les nouveaux venus. Plus de 2000 alternants auront ainsi été accueillis en 2017, ce qui représente 3% des effectifs d’Air France.

Au total, les apprentis sont deux fois plus nombreux qu’en 2012. Car la recette a fait ses preuves. Air France a même pour la première fois intégré des apprentis au sein des équipages. 450 futurs hôtesses et stewards apprennent le métier aux côtés des pros. Tous n’intégreront pas pour autant la compagnie quand leur contrat arrivera à échéance. La règle vaut d’ailleurs pour tous les apprentis. "Il n’y a pas de lien systématique, cela dépend de nos besoins", souligne Laetitia Niaudeau. Mais en investissant dans leur formation, la direction des ressources humaines d’Air France espère bien repérer et garder "les meilleurs profils".

Tous les métiers sont d’ailleurs ouverts aux apprentis. Y compris les plus pointus comme le revenue management ou le pricing. "Cela nous permet d’intégrer des profils divers, se félicite Laetitia Niaudeau. L’accueil d’alternants permet aux managers de découvrir des jeunes dont le parcours est différent des leurs, et d’éviter la 'reproduction', tendance qui existe encore parfois dans les grandes entreprises".

De grands besoins de pilotes

Air France va même relancer l’an prochain son programme de formation interne des jeunes qui rêvent de devenir commandants de bord. Une renaissance indispensable. La compagnie estime à plus de 200 par an le nombre de pilotes qu’elle va devoir recruter dans les toutes prochaines années. Et elle n’est pas la seule à anticiper de gros besoins. La pénurie de pilotes est devenue criante dans le transport aérien, obligeant même Ryanair à annuler à l’avance des milliers de vols par manque de personnel disponible.

Recrutés sur sélection, les futurs pilotes baptisés "cadets" sont formés par l’entreprise en deux ans. De quoi attirer les passionnés qui n’ont pas envie de se ruiner pour obtenir leur licence. Pour se voir confier les commandes d’un Boeing 737 ou d’un Airbus A320, il faut accumuler de nombreuses heures de vol. La facture dépasse vite 100.000 euros. Être payé par Air France pour devenir pilote en fait donc rêver plus d’un.

Bien entendu, les alternants -qu’ils soient pilote ou mécanicien- ne perçoivent pas une rémunération équivalente à celle des salariés en CDI. "Il y a une grille selon l’âge et le niveau de formation, conformément à la loi", souligne Laetitia Niaudeau sans rentrer dans les détails. Mais Air France doit aussi contribuer au coût pédagogique auprès des écoles qui assurent la formation de ses alternants. Et les plus réputées peuvent se montrer très gourmandes. La compagnie assure aussi s’investir dans le devenir des jeunes qu’elle a contribué à former. "Nous les accompagnons dans leur recherche d’emploi ou leur projet de création d’entreprise" explique la directrice emploi. Air France a aussi adhéré à la Fondation Innovations Pour les Apprentissages (FIPA) qui permet de créer des "parcours partagés d’alternants", entre grandes entreprises et PME. À la clé: des coûts allégés et des possibilités supplémentaires de recrutement en CDI pour les jeunes.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco