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Washington met la pression sur Londres pour exclure Huawei des déploiements 5G

Huawei

Huawei - FRED DUFOUR / AFP

Les Etats-Unis ont ainsi menacé leur allié de ne plus partager certains renseignements si l'équipementier chinois n'est pas banni des futurs déploiements 5G.

Si les appels au boycott de Huawei par l'administration américaine ont finalement été assez peu suivi par ses alliés, Washington entend faire plier le plus proche d'entre eux, la Grande-Bretagne.

Le pays doit annoncer fin janvier-début février les équipementiers sélectionnés pour déployer les futurs réseaux 5G du pays. En attendant, selon Reuters, les Etats-Unis envoient ce lundi à Londres une délégation composée notamment de Matt Pottinger, leur conseiller sécurité, pour convaincre les autorités britanniques du bien fondé des accusations d'espionnage (qui n'ont jamais été prouvées) de la part du géant chinois.

La tension est forte puisque Ben Wallace, le ministre britannique de la Défense, a déclaré au Sunday Times que les Etats-Unis avaient menacé de ne plus partager avec la Grande-Bretage certains renseignements si le gouvernement ne prenait pas la décision d'exclure Huawei. 

Une décision repoussée plusieurs fois

Ce lundi, le chef du MI5 Andrew Parker a néanmoins estimé dans un entretien au Financial Times que le gouvernement britannique peut travailler avec l'équipementier chinois Huawei dans la 5G sans compromettre ses liens avec les services de renseignement américains.

Le Royaume-Uni a repoussé à plusieurs reprises sa décision sur Huawei, notamment en raison des élections législatives de décembre. Mais selon la presse britannique, elle est désormais imminente et pourrait être rendue dès janvier. "Le gouvernement continue de réfléchir à sa position sur les fournisseurs à haut risque et une décision sera rendue en temps voulu", a déclaré un porte-parole du gouvernement interrogé par l'AFP.

Les opérateurs télécoms inquiets

Rappelons que la France n'a pas rejoint l'appel de Washington, mais le gouvernement a fait passer une loi et un décret d'application obligeant les opérateurs à obtenir une autorisation du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) pour les installations d'équipements de réseaux radio-électriques. Rappelons que le gouvernement a lancé le processus d'attribution des licences 5G et un lancement commercial des premières offres est attendu dans le courant de cette année.

Mais boycott ou pas, les opérateurs télécoms s'inquiètent de l'incertitude autour du cas Huawei. "On a besoin que les choses soient effectivement claires. Ca fait 10 ans que Huawei est utilisé en France, ça fait près de 10 ans que Huawei est utilisé dans quasiment toutes les capitales européennes. Aujourd'hui, à la veille des investissements à faire sur la 5G, dans cette ambiance internationale, dans cette guerre sino-américaine, cette guerre commerciale, nous avons besoin de savoir. On a besoin de savoir si nous pourrons ou pas utiliser cet équipementier", commentait ainsi en décembre sur BFM Business, Arthur Dreyfuss, président de la Fédération française des télécoms et secrétaire général d’Altice (propriétaire de BFM Business).

Une étude de la GSMA, un groupement d’industriels qui regroupe la plupart des opérateurs et des fabricants de mobiles de la planète, chiffre à 18 mois le retard européen face aux Etats-Unis en matière de 5G si Huawei était effectivement boycotté. 

Olivier Chicheportiche