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L'interdiction de Huawei pour la 5G provoquerait un retard considérable, s'inquiètent les opérateurs français

Sur BFM Business, Arthur Dreyfuss, président de la Fédération française des télécoms, dénonce l'absence de règles claires en matière de réglementation des équipementiers pour les déploiements 5G.

La 5G devrait assez vite devenir une réalité en France. Le gouvernement a en effet lancé le processus d'attribution des licences et un lancement commercial des premières offres est attendu pour le courant 2020.

Pour autant, les opérateurs sont très inquiets et s'interrogent sur le cas du chinois Huawei. L'équipementier est boycotté par les Américains et accusé d'espionnage. Si la France n'a pas rejoint l'appel de Washington, le gouvernement a fait passer une loi et un décret d'application les obligeant à obtenir une autorisation du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) pour les installations d'équipements de réseaux radio-électriques.

Un texte bien trop vague pour Arthur Dreyfuss, président de la Fédération française des télécoms et secrétaire général d’Altice (propriétaire de BFM Business). Or Huawei est un acteur de poids dans la 4G et la 5G et équipe la plupart des opérateurs français (Bouygues Telecom et SFR notamment). Traduction, une éventuelle interdiction bousculerait le calendrier.

Invité ce mardi sur BFM Business dans l'émission "12h, L'Heure H", le responsable indique: "on a besoin que les choses soient effectivement claires. Ca fait 10 ans que Huawei est utilisé en France, ça fait près de 10 ans que Huawei est utilisé dans quasiment toutes les capitales européennes. Aujourd'hui, à la veille des investissements à faire sur la 5G, dans cette ambiance internationale, dans cette guerre sino-américaine, cette guerre commerciale, nous avons besoin de savoir. On a besoin de savoir si nous pourrons ou pas utiliser cet équipementier".

Avoir "des règles claires"

"Quand on doit engager des investissements, quand on doit s'engager dans les enchères, on ne s'engage pas sur les 6 ou 18 mois qui arrivent, on s'engage pour les 10 ou 15 ans qui arrivent. Donc on a besoin d'avoir des règles claires. On dit souvent que gouverner c'est prévoir, pour nous, investir c'est prévoir. Ce que nous demandons au gouvernement c'est simplement des règles claires", poursuit le responsable.

Ce que redoutent le plus les opérateurs, c'est l'incertitude. "Si demain, Huawei était amené à être interdit sur tout ou partie du territoire, il faut bien que chacun ait conscience des retards considérables que nous prendrions dans les déploiements. Ça serait un retard considérable pour les territoires, pour les entreprises françaises, pour la transformation numérique. Cela aurait un coût".

Et de prévenir: "que les règles changent, soit. Mais chacun devra alors y prendre sa part, opérationnellement, financièrement. C'est à vrai dire le cas aux Etats-Unis. Ils ont pris des positions radicales contre des équipementiers mais il accompagnent ceux qui auraient à en pâtir".

18 mois de retard à prévoir en cas de boycott

Les craintes du président de la FFT sont en tout cas confirmés par une étude de la GSMA, un groupement d’industriels qui regroupe la plupart des opérateurs et des fabricants de mobiles de la planète. Si Huawei est boycotté sur le Vieux continent, les déploiements prendront 18 mois de retard, peut-on lire.

"Nous estimons qu'une interdiction pourrait élargir l'écart sur la 5G entre l'Europe et les Etats-Unis de 15 points d'ici à 2025", estiment les auteurs de la note.

Selon eux, 25% de la population européenne serait couverte en 5G en 2025 en cas d'interdiction, contre 40% sans interdiction, alors qu'environ 55% de la population américaine disposera de la 5G à la même date.

Olivier Chicheportiche