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5G : en retard la France ou pas ?

Le Samsung Galaxy S10 5G

Le Samsung Galaxy S10 5G - BFMTV.COM

Selon une étude de l’Idate, notre pays est distancé par certains de ses voisins européens mais cet écart serait largement surmontable. Dans le monde, la Corée du Sud fait une nouvelle fois la course en tête.

Le petit refrain lancinant sur le retard de la France en matière de déploiement de la 5G se fait de plus en plus bruyant. Il faut dire que certains opérateurs en Europe ont annoncé des lancements commerciaux. Pour autant, peut-on vraiment parler de retard ? Pour l’IDATE, un think thank français qui se penche sur les questions du numérique, la réponse n’est pas aussi simple à donner.

Rappelons que la feuille de route hexagonale prévoit une attribution des licences à la fin de l’année (pour un montant estimé autour des 1,5/3 milliards d’euros) permettant des lancements commerciaux en 2020.

Certains sont en effet plus en avance. « Parmi les pays européens étudiés par l’IDATE DigiWorld, le plus avancé est le Royaume-Uni. Il développe la 5G depuis mai 2019 à destination de nombreux marchés tels que l’automobile et l’industrie, les médias et loisirs et l’e-santé, la sécurité publique et le tourisme ». Et pour le grand public, l’opérateur EE a allumé son réseau il y a quelques semaines dans six villes. Ses concurrents (Vodafone, O2 et Three) se lanceront au mois d’août.

« L’Espagne prend la deuxième place du classement et déploie la technologie 5G vers les marchés de l’agriculture ou de la logistique. En Allemagne, si la date officielle de lancement de la 5G n’est pas encore définie, le pays choisit de concentrer ses innovations sur les secteurs de l’e-santé et des médias », peut-on lire, et se classe troisième sur le Vieux continent.

Japon et Chine au coude-à-coude

En France, peu d’industriels ont manifesté de l’intérêt pour la 5G alors que cette technologie est avant-tout orientée B2B. Reste que des expérimentations sont bien en cours, à la SNCF notamment.

Mais pour l’IDATE, « la France et l’Italie se suivent de près et devraient rattraper leur retard rapidement après avoir attribué des licences 5G, comme cela est déjà le cas en Allemagne ou au Royaume-Uni ».

Au niveau mondial, le retard est un peu plus conséquent mais il n’est pas étonnant. Comme avec la 3G et la 4G, la Corée du Sud est en pointe mais l’IDATE nuance cette position de leader en soulignant le « développement exceptionnel des réseaux et infrastructures 5G dans un pays relativement petit ».

Aux Etats-Unis, quelques villes sont couvertes en 5G ce qui en fait le deuxième pays de la planète en termes de déploiements. Mais là encore, il faut nuancer « en raison des disparités de déploiements d’infrastructures sur le territoire ». Ces disparités, dues à la taille du pays, se voient encore aujourd'hui en matière de 4G.

Enfin, « le Japon et la Chine sont au coude-à-coude, avec des dates de lancement prévues pour 2019-2020 », pas si loin donc de l’Europe et de la France donc.

Reste que des éléments conjoncturels comme l’affaire Huawei pourraient remettre en cause ces calendriers en Europe. Si Huawei est boycotté sur le Vieux continent (ce qui est très loin d’être une réalité), les déploiements prendront 18 mois de retard, estime une étude de la GSMA, un groupement d’industriels qui regroupe la plupart des opérateurs et des fabricants de mobiles de la planète.

« Nous estimons qu'une interdiction pourrait élargir l'écart sur la 5G entre l'Europe et les Etats-Unis de 15 points d'ici à 2025 », estiment les auteurs de la note.

Selon eux, 25% de la population européenne serait couverte en 5G en 2025 en cas d'interdiction, contre 40% sans interdiction, alors qu'environ 55% de la population américaine disposera de la 5G à la même date, en sachant que les Etats-Unis ne sont jamais passés par des équipementiers chinois pour leurs réseaux.

Sur la question prégnante des coûts, la même étude estime qu’une mise à l’écart stricte de Huawei engendrerait des surcoûts de l'ordre de 55 milliards d'euros pour les opérateurs télécoms de la région. Une perspective néfaste pour les opérateurs, notamment français, confrontés à des baisses sensibles de leurs revenus et à des hausses continu de leur s investissements (outre la 5G, il faut fibrer). En 2018, ils frisaient déjà les 10 milliards d'euros.

Olivier CHICHEPORTICHE