BFM Business

Un fonds chinois demande à Obama l'autorisation d'acheter une firme allemande

L'équipementier électronique allemand Aixtron veut apaiser les craintes des autorités allemandes et américaines au sujet de son projet de rachat par le chinois Fujian Grand Chip Investment Fund (FGC).

L'équipementier électronique allemand Aixtron veut apaiser les craintes des autorités allemandes et américaines au sujet de son projet de rachat par le chinois Fujian Grand Chip Investment Fund (FGC). - Tobias Schwarz-AFP

L'administration américaine est défavorable à l'acquisition de la firme allemande Aixtron par le chinois Fujian Grand Chip Investment Fund. Les deux parties en appellent au président Obama pour trancher.

La démarche est inhabituelle. Une société chinoise en appelle au président Obama afin qu'il l'aide à finaliser l'acquisition d'une firme... allemande, Aixtron, fabricant d'équipement pour l'industrie électronique. Le fonds chinois Fujian Grand Chip Investment Fund vient en effet d'être informé que le comité stratégique conseillant la Maison-Blanche recommandait à l'administration Obama de s'opposer à ce rachat. Les deux parties sont ainsi invitées à renoncer à cette transaction portant sur la somme de 670 millions d'euros, comme on peut lire dans la déclaration publiée sur le site d'Aixtron, la société que le fonds chinois souhaite acheter.

Selon le comité pour les investissements étrangers aux États-Unis (CFIUS), cette acquisition comporterait des risques pour la sécurité des États-Unis. La firme allemande exporte certes outre-Atlantique, mais les experts qui demandent bloquer la vente ne précisent pas les motifs précis de leur recommandation.

Des tensions croissantes entre la Chine et les États-Unis

Cette affaire met en lumière les tensions commerciales croissantes entre les États-Unis et la Chine au sujet des industries high tech, jugées stratégiques. L'empire du Milieu ambitionne de devenir une grande puissance mondiale dans les composants électroniques, en rachetant quelques "pépites" occidentales dans le domaine.

Déjà, début 2016, le comi­té pour l'investissement étranger aux États-Unis (CFIUS) avait bloqué la cession à Go Scale Capital, un groupe chinois, de 80,1 % de Lumileds, filiale du néerlandais Philips, spécialisée dans les composants pour ampoules LED. Comme dans le cas d'Aixtron, le CFIUS est autorisé à donner son avis dans la mesure où la firme concernée par un rachat exerce une activité aux États-Unis.

-
- © Aixtron conçoit des équipements pour l'industrie des composants électroniques dont la Chine ambitionne d'être un des leaders dans le monde. Aixtron

Loin de renoncer à leur transaction, la firme allemande et son acquéreur chinois veulent encore négocier directement avec l'administration Obama.

"Le président des États-Unis doit rendre sa décision de bloquer ou d'autoriser la transaction proposée dans les 15 jours. GCI et Aixtron prévoient continuer à s'engager activement dans d'autres discussions qui peuvent être soumis au CFIUS ou au président américain pour résoudre les problèmes de sécurité nationale des États-Unis ou prendre d'autres mesures qui pourraient permettre aux parties de procéder à leur transaction" ont déclaré la firme allemande et son acquéreur chinois.

Tous les deux estiment avoir des arguments objectifs à défendre, susceptibles d'apaiser les craintes des autorités allemandes et américaines au sujet de ce rachat.

Il y a quelques semaines, l'administration allemande avait elle-même fait un virage à 180 degrés, retirant l'autorisation qu'elle avait initialement accordée à ce rachat. Ce lundi matin 21 novembre 2016, le cours d'Aixtron perdait encore 6,16% à 4,38 euros, en réaction à la révélation de la décision défavorable du comité américain (CFIUS) à son rachat. Une telle décision condamnerait l'activité de la firme allemande réalisée outre-Atlantique.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco