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Super Mario sur iPhone: un jeu dangereux pour Nintendo

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Longtemps réfractaire au smartphone, Nintendo a annoncé l'arrivée pour la fin de l'année d'un jeu Mario sur l'iPhone d'Apple. Si l'annonce a fait flamber le cours du japonais, le pari est risqué. Explications.

C'est sans doute la plus grosse (voire la seule) surprise de la conférence qu'a fait Apple mercredi 7 septembre lors du keynote de présentation de l'iPhone 7 et de l'Apple Watch 2. L'arrivée d'un jeu Super Mario sur smartphone. Et pour marquer le coup, Tim Cook, le PDG d'Apple, avait même invité Shigeru Miyamoto, le créateur japonais de Mario, à monter sur scène. Gros succès à l'applaudimètre. 

Si cette annonce a tant surpris c'est d'abord parce qu'aucune des nombreuses -et souvent justes- rumeurs ayant précédé l'événement ne l'avaient annoncé. Mais aussi et surtout parce que Nintendo considérait, jusqu'à il y a peu, les smartphones comme des concurrents dangereux pour ses consoles et non comme un partenaire. Et s'il y a quelques mois le géant japonais avait fait une entorse en acceptant de développer des jeux sur des plateformes mobiles autres que ses consoles, il ne s'agissait que d'un petit jeu de questions-réponses sans grand enjeu. D'ailleurs Satoru Iwata, le PDG de Nintendo de l'époque, affirmait en mars 2015 que "le portage sur mobile [était] impossible, car nous ne pouvons pas apporter la meilleure expérience de jeu."

Mais avec Mario, c'est la star maison que Nintendo décline sur iPhone (et dans un second temps sur Android). Certes, il ne s'agit pas de ce qu'on appelle un portage (un jeu créé pour une plateforme et transféré sur une autre) mais une création nouvelle. Le jeu Super Mario Run a spécialement été développé pour le smartphone et consiste à faire sauter un Mario qui avance tout seul en appuyant sur l'écran. Une expérience de jeu différente de celle sur console. Ce nouveau jeu sera payant. Son tarif n'a néanmoins pas été communiqué au cours de la conférence.

L'accord entre Nintendo et Apple a été salué sur les réseaux sociaux et à la Bourse de Tokyo où le titre du japonais a flambé de 26% dans la foulée de l’annonce (avant de terminer la séance sur une hausse deux fois moindre). Mais ce pari est loin d’être gagné. Tout d’abord à cause du modèle économique du jeu lui-même.

Le modèle qui s’est imposé dans l’univers du smartphone, c'est le "free to play". Le jeu est offert lors de son téléchargement mais les joueurs peuvent acheter des améliorations par la suite au sein de l’application. Ce modèle a notamment fait la fortune de l’éditeur finlandais de Clash of Clans et Clash Royale.

Aujourd’hui sur les 100 jeux sur iPhone qui génèrent le plus de revenus aux États-Unis, 99 sont des jeux "free to play". Et le seul jeu payant –Minecraft vendu 7 euros- n’arrive qu'au 43ème rang. Nintendo va donc nager à contre-courant avec son Super Mario payant. Si le jeu ravira à coup sûr les (nombreux) fans de la marque, convaincra-t-il au-delà le très grand public? À voir.

Et surtout en développant un jeu pour une autre plateforme que ses consoles, Nintendo admet implicitement que le smartphone est la machine de jeu actuelle. Il anticipe clairement le déclin à venir des consoles. Or le modèle économique du jeu console est très différent de celui sur smartphone. Les jeux sont certes plus longs à produire mais sont vendus plus chers (aux alentours de 60 euros sur consoles Nintendo).

Mais, surtout, Nintendo garde la maîtrise totale du business quand il lance une console. Il décide de quel jeu sortira ou pas sur sa machine et encaisse au passage des royalties. Or en passant sur smartphone, le suzerain Nintendo devient le vassal d’Apple et Google. Ce sont eux désormais qui encaisseront les royalties sur les ventes de jeux de Nintendo. Un changement de paradigme pour le japonais et un jeu dangereux.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco