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Sharp veut réduire de 99% son capital pour freiner sa chute

Sharp traverse depuis des années une crise qui a épuisé plusieurs patrons après des réorganisations qui n'ont pas suffi à remettre durablement l'entreprise d'aplomb.

Sharp traverse depuis des années une crise qui a épuisé plusieurs patrons après des réorganisations qui n'ont pas suffi à remettre durablement l'entreprise d'aplomb. - AFP Robyn Beck

La firme nipponne envisage ce remède de cheval afin de la faire redescendre dans la catégorie des PME, moins exposée. Le titre s'est effondré ce 11 mai à la Bourse de Tokyo.

Quand d'autres augmentent leur capital, Sharp envisage de le réduire. C'est la perspective de la mise en pratique de ce remède inhabituel, qui a provoqué l'effondrement de l'action lundi 11 mai 2015, à la Bourse de Tokyo.

Le titre de ce fleuron national a fondu de 26,35% à la clôture, à 190 yens, après avoir dévissé de 31% en début de matinée, du jamais vu en plus de 40 ans: il ne pouvait pas tomber plus bas pendant la séance de lundi en vertu des règles du marché.

Ce nouvel épisode douloureux pour Sharp, pionnier des écrans à cristaux liquides, est la conséquence des informations publiées par les médias nippons affirmant que la multinationale allait procéder à une réduction de 99% de son capital pour revenir au niveau d'une PME et tenter d'éviter la faillite.

"A l'heure actuelle, nous réfléchissons à diverses possibilités, y compris l'émission d'actions préférentielles ou la réduction de capital, mais rien n'a été décidé", a assuré Sharp, confirmant implicitement les informations publiées dans l'archipel. "Nous ferons part de nos choix lors de la présentation de nos résultats et de notre plan d'affaires à moyen terme le 14 mai", a précisé l'entreprise.

La diminution de capital pour une société en difficultés est un remède pour le moins inhabituel, surtout de la part d'une société de cette envergure qui totalise un chiffre d'affaires annuel de plus de 20 milliards d'euros.

Un procédé visant à faciliter l'effacement des pertes

Elle verrait en effet passer son capital actuel de 120 milliards de yens (890 millions d'euros) à 100 millions de yens (740.000 euros) ou moins, soit une diminution de quelque 99%, qui laisserait cependant intacts les droits de vote des actionnaires.

Le but serait de faire revenir cette entreprise de renommée internationale dans une catégorie inférieure, où la pression fiscale est moins forte, et de lui permettre d'effacer des pertes. Ce procédé, s'il est effectivement envisagé par le groupe, doit cependant être approuvé par l'assemblée générale des actionnaires en juin.

"Tout le monde comprend aisément ce qu'est une augmentation de capital et son but, qui est par exemple d'investir pour élever ses capacités de production. Mais une réduction de capital est quelque chose de beaucoup plus difficile à appréhender", reconnaît dans une note l'essayiste Seiji Ogasawara, auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie des sociétés japonaises.

Selon la presse nipponne, le groupe va faire état d'une perte nette de quelque 200 milliards de yens (plus de 1,5 milliard d'euros) pour l'exercice annuel bouclé en mars 2015 et ne devrait pas s'attendre à sortir du rouge cette année.

F.Bergé avec AFP