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Save, le sauveteur de smartphones qui inquiète Apple

Le fondateur de Save Damien Morin reçoit un BFM Award des mains de Nicolas Vanier

Le fondateur de Save Damien Morin reçoit un BFM Award des mains de Nicolas Vanier - ABACAPRESS – Christian LIEWIG

Cette start-up se fait fort de réparer en moins de 20 minutes toutes les pannes de smartphones et tablettes iPhone et iPad compris. Elle connaît une croissance exceptionnelle, au point d’inquiéter le géant Apple.

C’est l’affaire de l’île déserte, vous savez. Avec qui est-ce que vous partiriez? Ou bien, s’il fallait n’emporter qu’un seul livre, lequel choisir? Et bien posons-nous la question en vidant nos poches. S’il ne devait rester qu’un objet du quotidien: les clés? Pas sûr, on se débrouille, ma femme/mère/concierge en a une. La carte bleue? Bof, faut voir. Le portable? Ah oui!

Voilà, vous avez compris ce qui fait le succès de Save: pas seulement réparer votre portable, non, comprendre qu’il faut le faire vite, très vite, comprendre que nous avons un rapport affectif avec cet objet. "On vous le garde 20 minutes" explique le fondateur Damien Morin. "Mais, déjà, je sais que c’est très long. D’ailleurs, on va monter un service de coursier pour venir chercher votre portable chez vous et vous le rapporter en une heure, mais on vous en prêtera un pour attendre, et c’est le coursier qui changera la carte SIM. Les entreprises de service ne prennent pas assez en compte la détresse du client, nous, on en fait notre priorité".

Une croissance qui donne le vertige

La croissance de Save donne le vertige: l’entreprise a même arrêté de regarder son chiffre d’affaires annuel pour se concentrer sur le chiffre mensuel. 100.000 euros très vite, dès les premiers mois d’existence en février 2013, 1 million l’an passé, 2 millions 700.000 le mois dernier. Ce sont bien des chiffres mensuels, pour une entreprise qui n'a même pas fêté son troisième anniversaire.

Save a décidé de s’installer là où il y avait du monde. Facile à dire, et finalement facile à faire: il suffit de se passer de boutiques. Le "sauveteur" peut s’installer en 4 heures dans les allées d’un centre commercial. Il monte un atelier qui prend 12 m² au sol (6 m² pour les plus petits). À l’intérieur, 150 pièces différentes qui couvrent 95% des pannes de smartphone.

Pour les modèles vedettes, iPhone 5 ou 6 d'Apple ou Galaxy signé Samsung, le sauveteur peut tout changer devant vous, absolument tout, ne manque que la carte mère. Et il est capable de le faire en 20 minutes. Un "sauveteur" parfaitement formé, par l’entreprise elle-même. C’est le troisième étage de cette fusée exceptionnelle.

L'académie, passage obligé des sauveteurs

Save a tout juste deux ans d’existence, mais a déjà fondé une académie où 280 techniciens ont été formés. Pas seulement à réparer les téléphones d’ailleurs, mais aussi à accueillir le client, à le rassurer, à l’informer exactement de la gravité de la panne. L’académie leur enseigne aussi les valeurs de l’entreprise, point commun à toutes les start-up qui maîtrisent leur croissance exceptionnelle.

Chez Save, il y a cette conviction qu’on n’arrive à rien de solide si on ne crée pas une culture commune. Pour la start-up, cela donne:

Ship it fast and keep it simple (Expédiez au plus vite et restez simple)

Ambition is not an option (L'ambition n'est pas une option)

Victory comes as we learn (C'est en apprenant qu'on gagne)

Excellence is in the details (L'excellence jusque dans les détails)

Save doit maintenant gérer cette croissance exceptionnelle. Et calmer les inquiétudes d’Apple. Le fabricant de l’iPhone vient de découvrir que quelque part en France, une entreprise était en train de trouver un modèle de réparation d’une efficacité redoutable. Pas forcément bon pour le business ça.

"Nous avons le droit pour nous, notre modèle est finalement comparable aux garagistes automobiles"

D’autant que la start-up commence à s’étendre en Europe. Et voilà que Save rencontre quelques difficultés en douane, qu’elle apprend que les vendeurs des Apple Store déconseillent fortement à leurs clients ces réparations "non garanties". Damien Morin n’est pas inquiet: "Nous avons le droit pour nous, notre modèle est finalement comparable aux garagistes automobiles". Développement en Europe, service de coursiers dans les grandes villes (ce seront tous des salariés, formés par Save), sans doute des développements vers les montres connectées: l’entreprise ne se voit pas de limites, elle le dit d’ailleurs elle-même : "Ambition is not an option".

Stéphane Soumier