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Que fait Apple de son trésor de guerre?

Apple fait tout pour échapper au fisc américain

Apple fait tout pour échapper au fisc américain - Stephen Lam - Getty Images- AFP – Montage BFM Business

L'essentiel des 238 milliards de dollars de trésorerie d'Apple est stocké hors des États-Unis pour échapper au fisc américain. Mais une bonne partie est réinvestie en bons du Trésor américains.

À fin septembre, Apple possédait un trésor de guerre de 238 milliards de dollars. L'essentiel de cette somme (216 milliards de dollars) provient des ventes hors des États-Unis, et n'a pas été rapatriée sur le sol américain. Objectif: échapper à l'impôt fédéral américain, qui s'élève à 35% des bénéfices, et qui serait appliqué si ce magot était rapatrié.

Ce trésor de guerre ne peut donc notamment pas être distribué aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d'actions. Mais la firme à la pomme ne le laisse pas dormir pour autant, et le réinvestit en bon père de famille. Selon une enquête de Bloomberg parue le 7 décembre, ce magot est principalement investi en bons du Trésor américains: Apple en détient pour pas moins de 41,7 milliards de dollars.

2.600 milliards de dollars au soleil

Non seulement ce magot échappe totalement à l'impôt sur les bénéfices, mais, grâce aux intérêts générés par ces bons, Apple reçoit même de l'argent du Trésor américain: 590 millions de dollars depuis 2012, selon les calculs de Bloomberg. Une pratique tout à fait légale, du moment qu'Apple paye au fisc américain des impôts sur les intérêts générés...

Au demeurant, la pratique est répandue au sein des multinationales américaines, qui, au total, détiennent off shore 2.600 milliards de dollars. Cisco, qui stocke 60,6 milliards de dollars off shore, détient 26,5 milliards de bons du Trésor. De même, Google, qui détient 50 milliards de dollars off shore, a placé 20,9 milliards en bons du Trésor.

En 2011, une étude du Sénat américain avait déjà démontré que 46% des fonds off shore étaient en réalité ré-investis aux États-Unis dans des bons du Trésor, des actions, des fonds de pension... La proportion dépassait même 76% pour Apple, Cisco, Google ou Microsoft. "Des multinationales prétendent que leur cash est bloqué à l'étranger, mais ces chiffres montrent que ce n'est pas vrai", concluait l'étude.

Jeu de cache cache

Toutefois, ce jeu de cache cache avec le fisc américain devrait bientôt prendre fin. En effet, Donald Trump a promis durant sa campagne de permettre aux multinationales de rapatrier cet argent en payant seulement 10% d'impôts. Hillary Clinton avait fait une promesse similaire, alors que Barack Obama avait toujours refusé de pratiquer une telle amnistie fiscale.

Rappelons qu'en 2004, George W. Bush avait déjà accordé un premier "tax holiday" en imposant les sommes rapatriées à seulement 5,25% au lieu de 35%. L'objectif affiché était de créer de l'emploi sur le sol américain -d'où le nom de la loi: American jobs creation act. À cette occasion, les multinationales rapatrièrent 312 milliards de dollars. Mais une étude du congrès américain a montré que cet argent fut surtout utilisé pour augmenter les salaires des dirigeants, ou les rachats d'actions en bourse, mais pas pour investir ou créer de l'emploi. Selon cette étude, les 15 multinationales qui ont rapatrié le plus d'argent ont ensuite réduit leurs dépenses de R&D et leurs effectifs américains, qui ont diminué de 20.931 postes après le rapatriement.

Jamal Henni