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Prix des produits: ce qui a baissé et ce qui a augmenté en 30 ans

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Alors que les tarifs des produits high-tech se sont écroulés depuis les années 80, qu'en est-il du prix des transports, de l'automobile et des biens de grande consommation?

Les Mac sont des ordinateurs trop chers? S'ils sont effectivement plus onéreux que des PC Windows, il faut savoir qu'ils sont bien moins chers qu'à l'époque de leur lancement. Dans le film Steve Jobs qui sort ces jours-ci, on peut voir que le fondateur d'Apple échoue à faire de son Macintosh un succès populaire. Et pour cause, il était vendu 2.599 dollars de l'époque. En tenant compte de l'inflation, cela représente plus de 5.600 dollars actuels (4.900 euros). Aujourd'hui un iMac débute à 1.249 euros et le tout nouveau MacBook (le must d'Apple actuellement) ne dépasse pas 1.800 euros dans sa configuration haut de gamme. En résumé, le Macintosh de 1984 valait l'équivalent de 3 MacBook actuels. Pour un usage qui plus est très limité (pas d'internet, peu de logiciels...). Voilà qui explique le flop initial de l'ordinateur de Steve Jobs.

Si les consommateurs ont parfois l'impression que tout augmente, ce n'est évidemment pas le cas pour les produits technologiques. Leur prix n'a cessé de baisser ces 30 dernières années. À commencer par celui des téléphones mobiles. Si l'iPhone est parfois critiqué pour son prix exorbitant, que dire des premiers modèles sortis dans les années 80. Le Motorola DynaTAC 8000X, considéré comme le premier mobile "moderne", était vendu 3.995 dollars en 1986, soit l'équivalent de 8.645 dollars aujourd'hui. Soit plus de 10 fois le prix de l'iPhone 6s actuel! À ce prix-là évidemment, il ne convaincra qu'une clientèle très réduite de riches hommes d'affaires. Il faudra attendre le milieu des années 90 pour que les terminaux -subventionnés par les opérateurs- touchent le grand public.

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Et il n'y a pas que les ordinateurs et les mobiles. Tous les produits high-tech ont vu leur prix chuter ces 30 dernières années. Du caméscope (qui coûtait, à la fin des années 80, l'équivalent de 1.400 euros actuels) au téléviseur, en passant par les chaînes hi-fi et les calculatrices, tous ont vu leur prix fondre avec le temps. Alors que leur technologie, elle, faisait un énorme bond en avant. La raison en est simple et a été théorisée en 1965 par le co-fondateur d'Intel Gordon Moore dans cet article en anglais (la fameuse loi de Moore). L'idée, c'est que le progrès technologique permet de faire tenir toujours plus de transistors sur une puce (capacité doublée tous les 18 mois) et fait rapidement baisser le prix des composants. Résultat: le prix du matériel (le hardware) devient négligeable avec le temps et c'est le logiciel (le software) qui permet de créer de la valeur. D'où l'intérêt des marques comme Samsung à vouloir proposer leur propre OS sur le téléphone mobile par exemple.

Le progrès technique, mais aussi la concurrence. Ainsi, dans les années 1980, l'arrivée de nouveaux acteurs japonais comme Sony, JVC ou Panasonic a eu un effet déflationniste en exacerbant la concurrence. 

L'avion baisse, le train monte

C'est d'ailleurs cette même concurrence qui a rendu le voyage aérien plus accessible. Au début des années 1990, un vol intérieur Paris-Toulouse coûtait aux alentours de 1.900 francs, soit l'équivalent de 460 euros actuels en tenant compte de l'inflation. Mais la concurrence farouche dans les années 90 entre acteurs nationaux (AOM, Air Inter, Air Liberté) puis l'arrivée des compagnies low-cost ont permis aux compagnies de faire de gros gains de productivité et donc de faire fondre les tarifs. Aujourd'hui, le même aller-retour peut vous coûter à peine 75 euros sur EasyJet. Et c'est la même chose aux États-Unis où globalement le prix moyen des billets d'avions a baissé en moyenne de 50% en 30 ans comme l'explique un article de The Atlantic.

Voilà pourquoi le transport ferroviaire n'a pas suivi la même évolution. Le prix des billets de train augmente lui chaque année. Combien coûtait un Paris-Lyon en 1981 lors du lancement du TGV? Impossible à trouver. Même la SNCF assure ne pas disposer de cette information car elle n'était pas informatisée à l'époque. Néanmoins, selon l'Insee, les tarifs auraient augmenté de 59% entre 1990 et 2010. La hausse se serait accélérée depuis le début des années 2000. Car si en théorie, la SNCF augmente ses tarifs au même rythme que l'inflation, en pratique il semble que le rythme soit bien supérieur. Une étude du Boston Consulting Group estimait ainsi que la hausse des tarifs entre 2002 et 2009 sur le TGV était deux fois plus rapide que ladite inflation, soit 26,4%. Car si certains tarifs de train sont réglementés (comme les TER), la compagnie peut faire ce qu'elle veut sur les TGV. Pour attirer toujours autant de voyageurs, la SNCF multiplie les formules à bas prix comme IDTGV, OuiGo ou encore TGV Pop l'été dernier.

Il y a en revanche deux secteurs où l'on pense en général que les prix ont particulièrement augmenté: l'automobile et les biens de grande consommation. Concernant le premier, la hausse ne semble pas si manifeste que ça. La Clio coûtait par exemple 53.000 francs en 1990, soit 8.079 euros. Mais en tenant compte de l'inflation, ce tarif représente 12.500 euros actuels. Or, la Clio IV débute aujourd'hui à 13.500 euros. Un écart pas si colossal. D'autant qu'aujourd'hui, la Clio n'est plus la petite voiture d'entrée de gamme. Ce rôle est dévolu au sein du groupe Renault à la Logan de Dacia, et cette dernière démarre à 7.790 euros. Elle est donc bien plus abordable que la Clio de 1990.

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Concernant enfin les biens de grande consommation, là encore le ressenti semble bien différent de la réalité. L'UFC Que Choisir a ainsi fait une enquête en 2015 sur l'évolution des prix de certaines denrées alimentaires depuis 30 ans qu'elle exprime en temps de travail nécessaire pour se les payer. Et il s'avère que les prix ont peu évolué. Il fallait ainsi travailler 3 minutes pour gagner de quoi s'offrir une baguette de pain en 1984, soit autant qu'en 2014. De même, un poulet coûtait 27 minutes du salaire moyen il y a 30 ans contre 30 minutes de nos jours. Certains produits comme l'huile d'arachide sont même moins onéreux puisque le temps de travail nécessaire est de 14 minutes aujourd'hui contre 18 en 1984. Là encore, la concurrence accrue dans le secteur de la grande distribution explique que les prix se maintiennent et ce malgré de fortes fluctuations dans les prix des matières premières.

Alors rien n'a vraiment augmenté depuis 30 ans? Si, deux postes de budget ont littéralement explosé depuis le milieu des années 80. L'eau d'abord, dont les tarifs n'ont cessé de grimper. Il fallait 17 heures de travail pour payer une facture de 120 m3 en 1984, il en faut désormais 31 selon l'UFC Que Choisir, soit une hausse de 82%! Mais c'est évidemment l'immobilier qui décroche la palme de l'inflation. Pour un pavillon de 120 m², il fallait investir 5,3 années de salaire en 1984. En 2014, il faut y consacrer l'équivalent de 9,3 années de salaire. Et pour Paris, on est passé de 13,3 ans à... 23,5 ans pour un appartement moyen de 76 m²! Malgré l'allongement de la durée des crédits, les Français consacrent selon l'Insee 22,2% de leur budget au logement contre 14% au début des années 80. Cette "ponction" explique certainement pourquoi tout paraît plus cher aujourd'hui...

Frédéric Bianchi