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Pourquoi les "émoticones" envahissent nos sms pros

Au départ, les émoticones ont été créés pour éviter les malentendus. Ils servent désormais de trait d'union entre l'écrit et le verbal universel pour clarifier les dialogues numériques.

Au départ, les émoticones ont été créés pour éviter les malentendus. Ils servent désormais de trait d'union entre l'écrit et le verbal universel pour clarifier les dialogues numériques. - Josh Edelson - AFP

Réservés aux échanges entre ados il y a quelques années, les smileys et leurs petits cousins ont franchi la porte des entreprises. Entre collègues, voire pour répondre à son chef, on n'hésite plus à utiliser les "émoticones", symboles utiles pour exprimer une émotion ou tempérer un propos.

Le numérique ne fait pas que bouleverser notre économie, il a aussi modifié notre manière de communiquer. Et notamment les messages que nous échangeons par mails, SMS ou sur les réseaux sociaux. Apparus d'abord dans les échanges entre ados, les smileys et autres émoticones ont fini par s'immiscer dans les "conversations" des adultes, qui ont fini par comprendre l'intérêt de ces pictogrammes capable de préciser une pensée ou d'éviter un malentendu.

La première trace de l'usage d'un symbole visuel pour exprimer une émotion remonte au XVIIème siècle. On les voit apparaître dans une poésie du britannique Robert Herricks qui a imaginé des suites de caractère pour symboliser la joie ou le bonheur.

Mais c’est dans les années 80 que ce code s’est vraiment organisé pour améliorer les échanges sur le réseau UseNet, une plateforme américaine de discussion entre informaticiens. Le second degré n’étant vraiment pas le fort des Américains, surtout dans un contexte professionnel, il permettait d'éviter les malentendus. 

Scott Fahlman, un universitaire américain, a été le premier à proposer d’utiliser des codes basés sur la ponctuation pour distinguer les messages sérieux des blagues que ses collègues s’échangeaient. En quelques années, ces codes se sont répandus pour être adoptés par le tout venant d'abord dans la sphère privé, puis, plus récemment dans l’entreprise.

Une langue universelle scrutée par les linguistes

"J’ai, sans le vouloir, blessé trop de personnes qui n’avaient pas compris le second degré dans un message, reconnaît Claire, consultante pour un cabinet anglo-saxon basé à Paris. Avec ces symboles, tout le monde comprend quand je plaisante ou quand je suis sérieuse. Par SMS ou par mail, parfois, les mots ne suffisent pas."

Et dieu sait que lorsque le temps est compté pour rédiger un message, les risques de malentendus peuvent se multiplier. D’abord entre collègues, mais aussi avec la hiérarchie où ils sont de plus en plus utilisés comme formule de politesse. "Avec les collègues ou mon chef, le "bien cordialement" atteint les limites du ridicule", reconnaît Philippe, directeur commercial. "Pour conclure un message, je préfère un clin d’oeil ou un sourire, parfois un personnage grimaçant dans les périodes difficiles. Ainsi, on se comprend mieux."

Ce phénomène a intéressé Michel Marcoccia, chercheur spécialisé dans les sciences du langage à l’université technologique de Troyes qui a consacré un important travail sur le sujet. 

"Pour nous, linguistes, le smiley a été une véritable révolution du langage, note l'universitaire. Ce n’est pas si souvent que nous assistons en temps réel à une transformation du code linguistique." Et, pour ce spécialiste, l’informatique, puis Internet, a rendu nécessaire ce nouveau langage.

"Par SMS, mail ou sur les forums, les textes ne bénéficient pas de la richesse de l’intonation de la voix ou des mimiques du visage. Lorsque l’on discute avec des inconnus, ce qui arrive fréquemment sur les forums ou les tchats, cela peut rapidement prêter à confusion. Nous avons tous connus ces situations."

La tendance communautaire de l'émoticone

Depuis les smileys des années 80, ces codes se sont améliorés graphiquement pour devenir les émoticones que nous connaissons. Il en existe désormais des centaines pour exprimer le fonds de notre pensée. 

Plusieurs pays en ont même créé des spécifiques pour les adapter à leur culture. Les émoticones sont universels, mais pour s’adapter aux usages spécifiques, il a fallu créer des "patois". Au Japon, le nom a même été adapté dès les années 90. Au pays du Soleil levant, on parle d'emojis. 

Avec le temps, toutes les communautés se sont même dotés d'émoticones spécifiques, en fonction de leur centre d’intérêts, de leur âge ou de leur genre. De nouveaux dessins sont apparus après des pétitions d’associations auprès des sociétés d’informatiques pour apporter davantage de diversité. L’an dernier, Apple en a même créé de nouveaux pictogrammes dédiés aux familles homoparentales.

Pascal Samama