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Pourquoi Amazon donne 5000 dollars aux salariés qui veulent partir

Aux Etats-Unis, Amazon offre jusqu'à 5000 dollars à ses salariés qui souhaitent quitter l'entreprise. Une mesure qui peut paraître paradoxale dans une société qui embauche des dizaines de milliers de personnes par an mais qui est au contraire très rationnelle.

Amazon, tu l'aimes ou tu la quittes. Mais si tu la quittes, tu ne partiras pas sans rien. Voilà en effet quelques années maintenant que le géant américain propose à chacun de ses salariés américains des centres de distribution (les entrepôts) un chèque pour quitter l'entreprise. Et il est relativement conséquent puis qu'il peut monter jusqu'à 5000 dollars (4270 euros). 

Il faut avoir avoir un minimum d'un an d'ancienneté pour pouvoir prétendre à ce programme Pay to Quit. La compagnie verse 2000 dollars aux salariés présents depuis un an puis l'offre augmente de 1000 dollars par année d'occupation pour un montant maximum de 5000 dollars. Mais Amazon fixe tout de même une condition: les employés qui acceptent l'offre ne pourront plus jamais travailler pour l'entreprise.

Amazon qui paie ses salariés pour quitter la société, cela peut surprendre. La société embauche chaque année un nombre toujours plus considérable d'employés. Rien qu'en 2017, le groupe a recruté plus de 220.000 personnes dans le monde pour un effectif total de 566.000 salariés. Amazon est désormais un des plus gros employeurs au monde et n'a pas vraiment une stratégie d'allègement de sa masse salariale.

Jeff Bezos souhaite que ses employés ne prennent pas l'offre 

Pourquoi alors encourager ses salariés au départ? Tout simplement pour être sûr de n'avoir que des gens motivés dans ses effectifs. "Nous voulons que nos employés aient envie d'être chez Amazon, explique une porte-parole du groupe américain à CNBC. Sur le long terme, rester dans un endroit où vous ne voulez pas être n'est sain ni pour le salarié, ni pour l'entreprise."

D'ailleurs Jeff Bezos en personne a précisé dans une lettre aux actionnaires qu'il souhaitait que ses salariés ne prenne pas l'offre. Le Pdg d'Amazon explique que le but est "d'encourager les salariés à prendre un moment pour réfléchir à ce qu'ils veulent vraiment faire." C'est pour cela qu'elle leur propose un petit coup de pouce financier. Et la somme de 5000 dollars n'est pas si négligeable dans une entreprise où le salaire médian était de 28.446 dollars en 2017 (24.300 euros). Mais malgré tout, très peu d'employés aux dires d'Amazon auraient saisi l'offre. Est-ce la crainte de ne pas retrouver un emploi après? Difficile à envisager dans un pays comme les Etats-Unis au quasi-plein emploi (3,9% de chômage à fin avril 2018). 

Un salarié motivé rapporte 32% de plus qu'un démotivé

En tout cas, selon des experts du travail, cette stratégie d'Amazon serait un bon outil de fidélisation des salariés sur le long terme. "Si vous choisissez de ne pas prendre l'argent et que vous choisissez de rester, cela signifie que vous vous engagez dans l'organisation et dans votre travail, explique à CNBC Michael Burchell expert RH et auteur de nombreux ouvrages. Ils sont signataires d'un contrat moral avec la société." Et ce levier serait meilleur pour la productivité que d'autres types incitations pécuniaires comme le fait de payer les salariés pour arrêter de fumer par exemple.

Selon une étude réalisée par l'institut Gallup, les salariés qui ont un niveau d'engagement élevé seraient 21% plus productifs que les autres. Dans une autre étude réalisée cette fois par la business school UNC Kenan-Flagler, les entreprises qui ont des employés très engagés auraient une croissance de chiffre d'affaires 2,3 fois supérieure à celles dont les effectifs sont moyennement engagés. Car des employés démotivés cela a un coût. Selon Gallup, un salarié malheureux au travail et improductif serait 34% moins productif qu'un salarié motivé. Un manque à gagner de 23.800 dollars pour la société pour un salarié payé 70.000 dollars par an par exemple. Bref payer des salariés pour partir est peut-être coûteux à court terme mais payant sur le long-terme. 

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco