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Pour Bouygues Telecom, la 5G est une "priorité pour le pays mais pas la priorité du moment"

Invité de BFM Business, Didier Casas, le directeur général adjoint de l'opérateur, explique pourquoi il souhaite un report des enchères pour l'attribution des fréquences 5G.

Bouygues Telecom a surpris le petit monde des télécoms en plaidant pour un report des enchères pour l'attribution des fréquences 5G. "Il faut repousser à la fin de cette année ou au début de 2021 la mise aux enchères des fréquences 5G tout simplement parce que le monde économique d'aujourd'hui n'est plus du tout le même que celui qui prévalait début mars, lorsque les conditions de l'enchère ont été fixées", estime Martin Bouygues dans une tribune parue samedi dans le quotidien Le Figaro.

Sur BFM Business, Didier Casas, le directeur général adjoint de l'opérateur, justifie cette position: la 5G "est une priorité pour le pays mais on pense que ce n'est pas la priorité du moment".

Et d'expliquer: "Il faut regarder ce qui s'est passé depuis deux mois. On a vu des réseaux télécoms qui ont tenu (...) mais on a vu aussi beaucoup de nos compatriotes qui dans des zones du territoire, trop nombreuses, se sont plaints parce que la fibre ou la 4G n'étaient pas encore arrivées".

Il faut hiérarchiser les urgences

"Ce qu'on veut dire, c'est qu'il y a des urgences et les urgences il faut les hiérarchiser", poursuit Didier Casas. "Nous pensons nous aujourd'hui que le point important c'est de répondre à cette demande de nos compatriotes qui pendant le confinement n'ont pas pu comme ils le souhaitaient permettre à leurs enfants d'assister à leurs cours à distance, n'ont pas pu télétravailler comme le reste des Français. Alors, on leur dit quoi à ces Français?".

Pourtant, les déploiements de la 4G en zone rurale font l'objet d'objectifs fixés par le gouvernement (le "New deal mobile") mais "ça ne va encore assez vite", affirme le responsable. "Il n'y a pas encore assez d'antennes, il n'y a pas encore assez de couverture dans les zones les moins denses du territoire. Donc on dit quoi à ces Français?". D'autant plus que ces déploiements ont été ralentis pendant le confinement. "On leur dit, on va déployer la 5G dans les très grandes villes et vous verrez d'ici 2023-2024, il y aura des usages formidables. Ou on leur dit: 'on va répondre à cette question (...) qui est la question de la couverture'. Il faut replacer les sujets dans le bon timing", insiste encore Didier Casas.

Retarder les déploiements de la 5G en France, c'est prendre le risque de décrocher face à d'autres pays européens où elle est déjà opérationnelle, jugent certains observateurs. N'y a-t-il pas un risque pour la compétitivité française? Rappelons que la 5G a essentiellement une vocation professionnelle et industrielle.

"Aucun risque pour la compétitivité" de la France

Un argument balayé par Didier Casas. "La 5G est une technologie prioritaire (...) mais tous ses progrès, tous ses usages innovants sont des services qui vont émerger avec une maturité complète de la 5G qui arrivera d'ici 2023. (...) Nous ne prenons aucun risque, je l'affirme ici, pour la compétitivité de l'économie française de repousser de 4 à 5 mois les enchères 5G".

"Prenons le temps, c'est vraiment l'appel que nous lançons au gouvernement, prenons ces quelques mois de délais que nous demandons pour dire aux opérateurs: finalement faisons comme en 2017, ajoutez des antennes 4G là où c'est prioritaire et puis on déduira l'équivalent de cette valeur que vous allez mettre sur les territoires sur le prix des enchères 5G. Il est encore temps de prendre cette décision urgente".

Fin avril, le patron de l'opérateur Orange, Stéphane Richard, avait affiché sa préférence pour une organisation des enchères en septembre ou octobre. "Nous ça nous va bien, à la fois que les enchères aient lieu parce qu'il faut que la France rejoigne les pays européens qui ont déjà procédé à ces allocations de spectre. Il faut qu'on soit en mesure de commencer le déploiement de la 5G dans les mois qui viennent. Bien sûr, ça sera décalé du fait de cette crise", déclarait-il sur BFM Business. 

En revanche, le directeur général du groupe Iliad, maison mère de l'opérateur Free, avait plaidé le 12 mai pour que l'attribution des fréquences 5G en France, se déroule "au plus tôt".

Olivier Chicheportiche