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Orange souffle le chaud et le froid sur ses rapports avec Free

Le PDG ne croit pas à une fusion entre opérateurs mobiles en France

Le PDG ne croit pas à une fusion entre opérateurs mobiles en France - -

Le PDG de l'opérateur, Stéphane Richard, lors de la présentation de ses voeux à la presse ce 14 janvier, a surtout parlé de son meilleur ennemi.

Lundi 14 janvier, Stéphane Richard avait convié les journalistes pour leur présenter ses voeux, et répondre à quelques questions. Rapidement, le principal sujet de discussion a été... Free, et la relation d'amour vache entre les deux opérateurs. De quoi rendre jaloux SFR et Bouygues, qui n'ont eu droit qu'à quelques tacles bien rapides.

Prenons par exemple le blocage de la publicité de Google par le trublion des télécoms. "Free a eu raison de poser le problème, mais sa réponse n'était pas forcément très bonne, selon le PDG de l'opérateur historique. Fourbir son arme pour la rengainer deux jours après, la queue entre les jambes, il n'est pas sûr que ça impressionne Google. C'était une menace de papier, mise à la poubelle au bout de deux jours". Stéphane Richard a rappelé qu'il avait réussi à faire payer Google pour acheminer le trafic internet: "nous sommes peut être les seuls en France, mais pas en Europe, car Deutsche Telekom le fait aussi".

"On n'est quand même pas idiots !"

Stéphane Richard a ensuite longuement défendu le fait qu'il loue son réseau mobile à Free tant que celui-ci n'a pas installé toutes ses antennes (itinérance). "Je suis droit dans mes bottes. Nous n'avons pas bradé notre réseau. Le prix n'est absolument pas un cadeau fait à Free. On n'est quand même pas idiots! On s'en met plein les poches, et ces revenus jouent un rôle d'amortisseur". Il a rappelé que la réglementation donnait à Free "le droit" de louer un réseau tiers pour avoir accès à la 2G. En outre, "l'Autorité de la concurrence nous a encouragés par écrit à conclure cet accord" dans son avis sur les offres couplées fixe & mobile.

Certes, déployer un réseau mobile "est objectivement compliqué" pour Free. Mais "si Free ne tient pas ses engagements de déploiement, ce n'est pas acceptable, et Free doit être sanctionné".

Enfin, si d'aventure Free signait un accord avec un autre opérateur et voulait alors rompre par anticipation le contrat avec Orange, "il faudra qu'il paye un dédommagement lié à la période d'exclusivité de 3 ans du contrat".

Chasse au trésor chez Vivendi

Mais Stéphane Richard y croit peu: "Free pourrait avoir la tentation d'utiliser sa forte capitalisation boursière pour acquérir un réseau mobile. Et chez Vivendi, tout est plus ou moins à vendre, c'est la chasse au trésor. Mais je ne crois pas à une consolidation du marché du mobile en France. Aucune autorité publique, et notamment l'Autorité de la concurrence, n'autorisera un passage de 4 à 3 opérateurs". La ministre délégué au numérique Fleur Pellerin s'est d'ailleurs prononcé contre une telle fusion.

Le PDG d'Orange a aussi déploré "l'idolâtrie autour de Free, notamment en bourse", dûe à "une communication financière très bonne et très agressive". Résultat: en bourse, les investisseurs ont souvent arbitré en faveur de Free au détriment d'Orange, ce que le PDG trouve injuste. "Le bilan de l'arrivée du 4ème opérateur, c'est aussi un massacre en bourse. 80% de la chute de notre cours est dûe au marché français, alors que le mobile en France ne réprésente qu'un gros 20% du groupe."

Par ailleurs, Stéphane Richard trouve "grotesque" l'accusation de co-contrôle de Free, avancée dans une plainte de SFR à Bruxelles. Enfin, il a confirmé avoir terminé 2012 avec "à peu près" autant de clients mobiles que début 2012. Et promis de refaire à l'automne 2013 un show présentant ses innovations. Pas pour faire comme Free, mais pour faire "comme Apple"...

Jamal Henni