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Nokia va supprimer 1.233 postes, soit un tiers de ses effectifs en France

Il s'agit du 4e plan social depuis le rachat d'Alcatel-Lucent par le groupe finlandais en 2016. L'équipementier télécoms profite moins que ses concurrents de l'essor des déploiements 5G dans le monde.

Le couperet est tombé. Nokia va supprimer 1.233 emplois dans sa filiale française Alcatel-Lucent International, soit un tiers des effectifs, selon deux sources syndicales, révèle Reuters. La nouvelle a été confirmée par la direction à la mi-journée.

Rappelons que l'équipementier télécom ouvre aujourd'hui un conseil économique et social avec comme objet "un projet de transformation en France".

Il s'agit du quatrième plan social depuis le rachat de l'ancien fleuron industriel français: 1.200 emplois ont ainsi été déjà supprimés depuis 2016. "C’est une bonne opération pour Alcatel-Lucent. Parce que c’est une opération d’avenir, parce que nous construisons, avec ce rapprochement, la reconquête d’Alcatel-Lucent" se félicitait lors du rachat celui qui était alors le ministre de l'économie de François Hollande, Emmanuel Macron.

Distancé par Ericsson et Huawei

Pourtant, en quatre ans, Nokia a déjà procédé à trois plans de suppressions de postes, portant sur 1.200 emplois. En 2016, Nokia annonçait ainsi 400 suppressions de postes, puis 597 l'année suivante, déclenchant le branle-bas de combat au sein du gouvernement alors que la 4G était en plein essor.

La direction du groupe remettait ainsi en cause son engagement pris lors du rachat de préserver l'emploi durant deux ans. Il avait alors réitéré sa promesse en faveur de 500 embauches en R&D et prenait également des engagements sur la pérennité de plusieurs sites, dont celui historique de Lannion. Au total, l'équipementier compte aujourd'hui 5.138 salariés dont dont 3.640 personnes dans sa filiale Alcatel Lucent .

Malgré ces restructurations, Nokia a été distancé par son grand concurrent européen Ericsson et surtout par le chinois Huawei qui a avalé les parts de marché dans le monde dans la 4G et la 5G et qui détient désormais la plus grosse part du gâteau (environ 30% contre 25 à 27% pour Nokia).

Rumeurs

Et clairement, Nokia profite moins de l'essor des déploiements 5G dans le monde. Le groupe a même perdu un contrat stratégique avec le géant China Mobile. Sur ce terrain, Huawei revendique environ 33% du marché devant Ericsson (26,6%) et Nokia (18,8%).

Ces difficultés à répétition fragilisent encore l'équipementier européen, sujet de beaucoup de rumeurs. On parle d'un rachat indirect par les Etats-Unis pour contrer Huawei ou d'une vente par appartement, notamment la juteuse division câbles sous-marins Alcatel-Lucent Submarine Networks qui suscite toujours de l'intérêt.

Mise en garde de Bercy

Nokia doit "améliorer très significativement" son plan, a déclaré le ministère de l’Économie, lundi dans l'après-midi. Une source à Bercy a indiqué que le gouvernement allait travailler avec les salariés d'Alcatel-Lucent pour faire à Nokia des contre-propositions et montrer que la France était un pays attractif.

"On 'est pas dans un plan où on est en train de restructurer par rapport à un rapprochement, on a un plan de rupture par rapport aux promesses qui ont été faites" critique Frédéric Aussedat, représentant de la CFE-CGC sur BFM Business. "On est en train de tuer l'activité future qui est faite en France, au niveau technologique."

Olivier Chicheportiche