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Mais à quoi sert l'Hadopi?

La présidente de l'Hadopi Marie-Françoise Marais a défendu son bilan face aux critiques des ayants droit

La présidente de l'Hadopi Marie-Françoise Marais a défendu son bilan face aux critiques des ayants droit - BFM Business

Depuis sa création, l'autorité de lutte contre le piratage a englouti 50 millions d'euros pour faire condamner seulement 19 pirates. Mais elle répond avoir découragé du piratage 3,5 millions de foyers.

Depuis quelques mois, l'Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur internet) est de plus en plus critiquée par les industries culturelles, qui estiment que l'autorité de lutte contre le piratage n'en fait pas assez.

Les professionnels de la profession mettent en avant le maigre bilan de l'autorité administrative, qui, en quatre ans, n'a obtenu que 19 condamnations de pirates à payer des amendes. 

50 millions d'euros engloutis

Un bilan maigre en regard du budget englouti: 50 millions d'euros à fin 2015.

Cette polémique avait été lancée par Aurélie Filippetti elle-même: "12 millions d'euros annuels et 60 agents, c'est cher pour envoyer un million d'e-mails", avait-elle lancé dès son arrivée au ministère de la Culture.

Mardi 28 octobre, l'Hadopi a donc défendu âprement son bilan. "Nous ne sommes pas un radar automatique. Si l'efficacité était de renvoyer les gens vers les tribunaux, alors il fallait faire une autre loi. Le législateur n'avait pas en tête de faire de la répression", a plaidé Mireille Imbert-Quaretta, qui préside la commission chargée d'envoyer les emails aux pirates. 

Au contraire, "nous sommes très efficaces, car notre rôle est de faire de la pédagogie". En clair, le rôle de l'Hadopi n'est pas d'envoyer tous les pirates au tribunal, mais de les décourager en leur envoyant des emails d'avertissement. Et l'Hadopi estime que cette pédagogie fonctionne: 90% des internautes ayant reçu un email d'avertissement n'ont plus été repérés ensuite sur les réseaux de pair-à-pair (P2P). "Au total, nous avons envoyé 3,7 millions d'emails, ce qui représente 8,7% des abonnés à internet français", se flatte Mireille Imbert-Quaretta.

La machine ne tourne pas à plein régime

Elle a aussi rappelé que l'Hadopi ne s'occupe que des petits "pirates du dimanche," les gros poissons devant être envoyés à la justice directement par les ayants-droit.

Autre reproche du secteur culturel : le gendarme anti-piratage ne traite pas toutes les adresses internet des pirates qui lui sont envoyés. Ce que ne conteste pas l'Hadopi: "les ayants droits nous envoient 60 à 75.000 adresses par jour, mais nous en traitons beaucoup moins que la moitié", a reconnu Mireille Imbert-Quaretta, qui explique: "nous n'avons pas les moyens humains et financiers de tout traiter".

En outre, "l'Hadopi veut transmettre à la justice des dossiers les plus solides possibles, être présente aux audiences dans les tribunaux..., ce qui accapare donc des ressources", ajoute-t-on au sein de l'autorité.

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Jamal Henni