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Les Etats-Unis envisageraient de subventionner les concurrents européens de Huawei

Selon le Financial Times, il s'agirait de soutenir Ericsson et Nokia face au géant chinois. Afin de les rendre les acteurs européens comparativement plus attractifs.

Donald Trump et son administration ont-ils trouvé un moyen détourné pour éloigner Huawei des déploiements 5G dans le monde? Rappelons que le président américain accuse entre les lignes l'équipementier chinois d'être à la solde du pouvoir de Pékin et donc susceptible de prêter le flanc à l'espionnage. Donald Trump a imposé un boycott aux Etats-Unis et a appelé ses partenaires à faire de même, avec un succès mitigé.

Si des Etats ont voté des lois pour mieux sécuriser ces déploiements réseaux stratégiques, très peu ont prononcé un boycott contre le géant chinois. Il faut dire qu'il est souvent considéré comme mieux disant tant technologiquement que financièrement face à ses concurrents. D'ailleurs, aucun des concurrents de Huawei n'a pour le moment constaté un bond exceptionnel de ses commandes.

Alors que Washington n'a jamais apporté la moindre preuve de cet espionnage, il s'agirait aujourd'hui de trouver un autre moyen d'éloigner Huawei des déploiements.

Lignes de crédits, facilités de paiement

Selon le Financial Times, les Etats-Unis pourraient accepter de subventionner (à travers des crédits) les concurrents de Huawei, à savoir le suédois Ericsson et le finlandais Nokia (qui a avalé le franco-américain Alcatel-Lucent) pour les rendre plus attractifs auprès des opérateurs télécoms. Ce qui revient à admettre que Huawei est clairement le moins cher...

Car l'objectif est bien de permettre de s'aligner commercialement avec Huawei qui propose des conditions de financement généreuses (grâce au soutien des banques de Pékin) à ses clients et des délais de paiements plus longs.

Selon une source proche du dossier interrogé par le FT: "C’est l’une des grandes préoccupations du gouvernement à l’heure actuelle. Tout le monde, du département de la Défense au département du Commerce en passant par le département de la Sécurité intérieure, examine la question". La Maison Blanche a refusé de commenter.

Pour d'autres voix à la Maison Blanche, la création d'un champion local pourrait faire figure d'alternative. Mais on ne s'improvise pas équipementier 5G, un domaine ultra-technique et très coûteux en quelques mois. Il est bien trop tard pour réagir, d'ailleurs les acteurs concernés comme Oracle ou Cisco ont poliment décliné. 

Ericsson: "il n'y a pas d'évidence que Huawei ait deux ans d'avance sur ses concurrents en 5G"

Qu'en est-il des acteurs concernés ? Nokia et Ericsson ont refusé de commenter l'article du FT. Mais interrogé par nos soins il y a quelques jours, Franck Bouétard, PDG d’Ericsson France souligne que l'équipementier suédois n'a pas à rougir de son concurrent et récuse tout retard.

"Nous avons signé 47 accords de partenariats avec des opérateurs dont 26 sont déployés ou en cours de déploiements et 19 qui sont allumés sur les quatre continents, soit la moitié des réseaux 5G ouverts commercialement dans le monde". En juillet dernier, Huawei revendiquait 50 accords.

Le responsable ajoute qu'Ericsson est leader en matière de contributions de brevets (49.000), "il n'y a donc pas d'évidence que Huawei ait deux ans d'avance sur ses concurrents en 5G", assène le PDG. Un coup de pouce de l'administration américaine serait-il inutile ?

Les opérateurs télécoms restent pragmatiques. Le déploiement rapide de la 5G à coûts maîtrisés est stratégique. Et sans Huawei, les déploiements coûteront 55 milliards d'euros de plus et provoquerait un retard de 18 mois en Europe, selon une étude de la GSMA.

Olivier Chicheportiche