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Les données de votre voiture valent de l'or

Des techniciens analysent les données issues d'un véhicule autonome en octobre 2016, dans une zone piétonne située à Milton Keynes, au nord de Londres.

Des techniciens analysent les données issues d'un véhicule autonome en octobre 2016, dans une zone piétonne située à Milton Keynes, au nord de Londres. - AFP / Justin Tallis

Déjà connectés et à l'aube de devenir autonomes, les véhicules brassent des quantités énormes d’informations. Une mine de données que comptent bien exploiter constructeurs et professionnels du marketing.

La révolution du numérique a ouvert la voie à une collecte de données sans précédent. C’est le cas dans le domaine du marketing, de la santé, de l’industrie… L’automobile n’y échappe pas. Les voitures sont aujourd’hui largement connectées grâce à l’électronique embarquée et le seront encore davantage dans le futur. Le cas le plus poussé est celui de la voiture autonome, où les yeux et les oreilles du conducteur humain sont remplacés par des capteurs du type caméra, laser, radar.

Première conséquence : les constructeurs vont bénéficier d’une multitude d’informations sur le comportement des véhicules sur les routes. Ils pourront alors les exploiter pour affiner la conception de nouveaux modèles. C’est d’ailleurs ce que fait déjà Tesla, qui peaufine sa future voiture autonome grâce aux informations recueillies via ses Model S actuellement en circulation. 

Des données privées "captées" par des voitures connectées

Les données captées permettront d’améliorer la sécurité et le confort des utilisateurs. "Une voiture connectée capte déjà énormément de données concernant la météo, identifie des marquages au sol, détecte des panneaux de signalisation, scrute des plaques d’immatriculation", décrit Gaël Musquet, cofondateur de CxLinks. Hacker citoyen, il entend néanmoins sensibiliser aux risques liés à ces captations. Car un véhicule de plus en plus connecté permettra aussi de collecter de plus en plus d’informations sur ses occupants. Y compris des données à caractère privées. "Il va falloir apprendre à gérer des risques, notamment ceux d’atteinte à la vie privée", souligne Gaël Musquet. "On ne peut pas laisser aux Etats et aux constructeurs le soin de décider seuls ce que doit être le véhicule autonome. Dans l’intérêt des entreprises, collectivités et des citoyens, il doit y avoir des hackers "nobles" au sein des institutions pour anticiper et prévenir les dérives potentielles », estime-t-il.

Plusieurs constructeurs et équipementiers ont en effet bien compris l’outil qu’ils ont entre les mains. Une voiture connectée peut capter nombre d’informations, parfois bien éloigné des considérations proprement automobiles. "Ford a par exemple annoncé qu’il allait collecter des données comportementales via ses modèles Focus. Dit autrement, ce sont des informations sur le conducteur et ses passagers qu’ils vont pouvoir revendre à des tiers", explique Gaël Musquet. Un usage purement marketing où les données pourront être utilisées pour envoyer des publicités ciblées, comme cela existe sur nos écrans actuels. De quoi attiser l’intérêt des géants du Web Apple et Google.

Un marché estimé à 750 milliards de dollars d'ici à 20130

Les données collectées via les voitures connectées vaudront 750 milliards de dollars d’ici à 2030 d’après une étude du cabinet de conseil McKinsey publiée en septembre dernier. Pas étonnant que les constructeurs cherchent à les monétiser.

 "Il n’y a pas encore de scenario écrit dans le marbre concernant les exploitations commerciales qui seront faites suite à la collecte de ces données", prévient toutefois Christophe Tallec, de l’agence de prospective We design services. Mais les possibilités sont effectivement nombreuses. Au-delà d’une exploitation marketing, ces données pourraient aussi être utiles pour les suivis médicaux.

Il est par exemple envisageable que les véhicules soient équipés de sièges connectés, susceptibles de surveiller le niveau d’éveil et de stress des conducteurs. L’équipementier Faurecia a conçu un siège biométrique. Ce fauteuil capte le rythme cardiaque et le rythme de respiration de la personne qui y est assise. Si la première application sera probablement la lutte contre l’endormissement du conducteur, il est tout à fait possible que des acteurs extérieurs au monde automobile s’intéressent à ces données : un assureur (pour adapter ses tarifs) ou un médecin par exemple.

Eveiller les consciences

Le maintien du contrôle sur la collecte et l’exploitation de ces données sera alors un enjeu essentiel. La Fédération Internationale de l’Automobile a d’ailleurs lancé une campagne baptisée "My Car My Data" en novembre 2015, afin de sensibiliser les automobilistes aux données auxquelles ils donneront accès et de donner à chacun la liberté de choisir les services auxquels sera relié leur véhicule.

Adeline Raynal