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Les banques et le cloud : iront, iront pas ?

60% des banque de détail consacrent entre 20 et 39% de leur budget IT aux technologies et services cloud.

60% des banque de détail consacrent entre 20 et 39% de leur budget IT aux technologies et services cloud. - Pixabay

Le cloud convainc de plus en plus les banquiers. Certaines institutions y ont déjà investi des milliards. Mais des freins subsistent avant une adoption massive dans les mois ou les années à venir.

Bousculées par les FinTech, soumises à de nouvelles contraintes règlementaires, etc, les banques ont l’obligation d’évoluer et d’innover pour maintenir leur hégémonie et s’adapter aux nouveaux usages de leurs clients. A la recherche de davantage de flexibilité, d’agilité, elles commencent elles aussi à sérieusement se tourner vers le cloud computing. La phase d’"observation attentive" se termine, place aux décisions majeures.

La Deutsche Bank investit 10 milliards de dollars

Boursorama, la filiale banque en ligne de la Société Générale, a confié en juin 2014 la migration de l’intégralité de son architecture Web à SoftLayer, filiale dédiée au cloud d’IBM. Sept mois plus tard, la banque néerlandaise ABN Amro signait un contrat d’outsourcing décennal avec IBM pour plusieurs milliards de dollars. Et en février, c’était au tour de la Deutsche Bank de se tourner franchement vers le cloud avec un contrat à 10 milliards de dollars contracté auprès de Hewlett-Packard, pour la transformation de ses services informatiques. "Les banques se digitalisent et utilisent désormais des offres en Saas pour un certain nombre comme les paiements SEPA, les gestions de mandat, les demandes de création de virement. Cela pousse les fournisseurs de services à développer des offres pointues pour compléter les systèmes mis à dispositions des clients, payés à la transaction, fortement mutualisés", confirme Vincent Berny directeur de la branche Cloud computing chez GFI Informatique.

Les banques de détail suivent le mouvement : plus de 60% d’entre elles consacrent entre 20 et 39% de leur budget IT aux technologies et services cloud (SaaS et IaaS ou PaaS) ; et 70% des banques recourent au Saas pour le développement de produits, le marketing et la mise en oeuvre canaux numériques, d’après une synthèse intitulée "Le rôle clé du cloud dans la transformation des banques de détail", réalisée l’année dernière par la société britannique d'analyse stratégique Ovum.

Parmi les raisons d’adoption du cloud, celles qui reviennent le plus souvent dans la bouche des 200 DSI interrogés à travers le monde à cette occasion portent sur la réduction des besoins de développement en interne (34,5%) et le fait de permettre aux équipes informatiques de se concentrer sur les projets stratégiques (30%).

Un parcours encore sinueux

Toutefois, si la plupart des banques ont à présent compris la flexibilité, la réactivité et l’évolutivité (scalability) que le cloud confère, le chemin de l’adoption de l’hébergement à distance s’avère sinueux. Premier frein : les interrogations traditionnelles sur la sécurité. "Aujourd’hui, nous savons que nous devons y aller et nous savons pourquoi nous devons y aller. Nous sommes juste – notamment pour des sujets de sécurité et notamment pour une banque – encore en train de se poser énormément de question", témoignait en juillet le président du directoire d’Axa Banque, Pierre Janin, lors de son allocution devant le public de la Cloud Week.

Deuxième blocage : leur historique technique. "Les banques, comme les assureurs, ont encore beaucoup de systèmes d’information dépendant de mainframe, ce sont des dispositifs difficiles et coûteux à faire migrer, cela implique des millions d’euros d’investissement pour une grande banque", souligne Mikael Robert, ancien architecte d’infrastructure au sein du cabinet de conseil Octo Technology, aujourd’hui consultant indépendant en DevOps Cloud. Un constat technique que partage Guillaume Plouin - un ancien d’Octo Technology - et auquel il voit s’ajouter d’autres freins : "il y a un blocage juridique, car les données des banques doivent forcément être stockées en France, mais aussi un enjeu social puisque le cloud remet en cause la façon de travailler des directions informatiques et induit parfois un risque – tout du moins perçu comme tel – de réduction des effectifs".

Faciliter la mobilité des collaborateurs

Reste que le cloud répond visiblement à un enjeu majeur de transformation, comme l’expliquait Pierre Janin d’Axa Banque en juillet: "Pour innover, la première chose à faire est d’avoir la capacité technique de mettre nos collaborateurs en situation de mobilité, voire de travailler de chez eux (…) Pour cela, il faut que la technologie fonctionne parfaitement. Aujourd’hui, on n’y est pas encore complètement, mais l’on va y venir. Ce n’est qu’une question de mois, j’espère pas d’années". Affaire à suivre, pour voir si – au-delà des déclarations -, les banques françaises oseront bientôt elles aussi investir des milliards pour basculer dans l’hébergement à distance.

Adeline Raynal