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Le très lucratif avenir des messageries de Facebook et Google

Pour Virginie Lazes, (cabinet Bryan Garnier), les réseaux sociaux veulent s’ancrer au plus profond dans économie mondiale.

Pour Virginie Lazes, (cabinet Bryan Garnier), les réseaux sociaux veulent s’ancrer au plus profond dans économie mondiale. - Mark Wilson (Getty Images/AFP)

Après Twitter et Snapchat, c’est au tour de Google et de Facebook de transformer leurs messageries en plateformes de transactions financières. Avec de très grosses ambitions.

Lors de F8, la conférence de développeurs qui s’est tenue ce mercredi 25 mars à San Francisco, David Marcus, vice-président de Facebook en charge des services de messagerie, a dévoilé un projet qui vise à transformer Messenger en plateforme de transactions financières. C’est une deuxième étape dans la transformation de l’outil de messagerie.

Cette semaine, le réseau social a déjà annoncé qu’il allait permettre aux utilisateurs de sa messager de procéder à des transferts d’argent entre "amis". Petit rappel, David Marcus a été débauché de Paypal en juin dernier pour préparer la stratégie financière de Messenger. Sa mission est déjà couronnée de succès puisque les paiements représentent déjà 7% des revenus du groupe.

Réinventer la manière de communiquer

L’annonce d’hier est plutôt destinée aux professionnels qui, avec Business on Messenger, pourront gérer les commandes qu’ils passent à leur fournisseur. Le système offre la possibilité de passer des commandes, d’obtenir des alertes pour l’expédition ou d’entrer en contact avec les services clientèle. Et tout cela, sans jamais passer par les boites de courriels traditionnelles. Le groupe n’a pas encore dévoilé s’il sera possible de régler la facture.

Pour Facebook, c’est plus une évolution qu’une transformation du réseau social. Pour David Marcus, il s’agit de faire de Messenger, "un espace où l’on peut communiquer avec les entreprises qui nous intéressent, en plus des personnes qui nous intéressent." Il précise que l’objectif est de "réinventer la manière de communiquer des personnes et des entreprises."

Avec Gmail, Google n’est pas en reste. Selon une information de Re/Code, le géant américain planche sur un projet baptisé Pony Express, qui va permettre de régler ses factures avec la messagerie. Pour cela, les utilisateurs devront s’inscrire sur un compte relié à Google Wallet, son système de paiement mobile en précisant leur numéro de sécurité social. Reste ensuite à entrer l’échéance des factures à régler pour programmer les virements à effectuer.

Pour Google ou Facebook, le potentiel est énorme. Gmail est utilisé par 425 millions de personnes dans le monde. Quant à Facebook, ce sont 600 millions de personnes qui échangent des messages sur Messenger. Quelle banque sur la planète peut revendiquer un tel portefeuille de client ?

L'ubérisation des banques par les réseaux sociaux

Peut-on en déduire que le but des réseaux sociaux est d’ubériser le secteur bancaire? Certainement, mais en allant un peu plus loin. Leur objectif est de proposer une interface qui mêle communication, commerce en ligne et paiement. C’est ce que Google appelle les technologies combinatoires qui va leur permettre de devenir incontournables, comme le note Virginie Lazes, (cabinet Bryan Garnier).

"Les géants des high-tech cherchent à s’ancrer au plus profond dans l'économie mondiale et les systèmes d’échanges d’argent ou de paiement sont l’élément fondamental de cette ambition."

Mais si les solutions sont déjà très nombreuses, il reste encore aux entreprises californiennes à convaincre les utilisateurs, ce qui n’est pas gagné.

Pour Albert Galloy, directeur marketing innovation pour Visa Europe, ces accélérations vont dans le bon sens, mais pour l’instant, il reste à convaincre les utilisateurs. "Les outils sont là, mais ce sont les usages qui font défaut, constate ce spécialiste de l’e-paiement. Malgré les possibilités, les consommateurs ne semblent pas encore convaincus et d’ailleurs, ils sont peu à les utiliser."

Il en va de même pour la technologie sans contact permettant de payer avec son smartphone chez les commerçants. L’Observatoire du sans contact indique qu’en France, 31,5 millions de cartes sans contact sont en circulation. Et, pour les smartphones, 11 constructeurs ont mis au point 48 modèles d’appareils qui permettent de régler ses achats chez environ 400.000 commerçants équipés de lecteurs compatibles. Il ne reste désormais qu’à convaincre les consommateurs. Et l’affaire n’est pas gagnée.

Convaincre les utilisateurs en les rassurant

Lors d’une conférence organisée par L’Atelier BNP Paribas, les spécialistes du secteur en faisaient le constat. Rappelant les chiffres du Groupement des cartes bancaires, ils faisaient observer que "moins de la moitié des commerçants qui acceptent le paiement sans contact a eu à l’utiliser au moins une fois dans l’année 2014."

Pour Jean-Marie Dragon, responsable des paiements innovants pour BNP Paribas, "les comportements changent moins vite que les technologies". De son côté, Maxime Chipoy (UFC Que Choisir), reproche aux acteurs leur méthode. "Aucune communication n’a été faite. Résultat : on est parti pour 5 à 10 ans de méfiance des consommateurs".

En lançant ces nouveaux services liés aux messageries, les géants des high-tech vont-ils convaincre les internautes plus vite ? Pour Viriginie Lazes, c’est une certitude. "Le paiement NFC, par mobile ou carte, concerne les commerçants et l’utilisateur n’a pas encore l’habitude de sortir son smartphone pour régler ses achats. Il y a aussi des doutes sur la sécurité."

Par contre, pour cette spécialiste le paiement par messageries a un avantage notable: "Avec ces services, le client peut être chez lui et utilise des outils qu’il connait parfaitement et qu’il apprécie. Mais surtout, les géants du net sont perçus comme des tiers de confiance par la génération Y."

Pascal Samama