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Le train de primeurs Perpignan-Rungis s'arrêtera-t-il définitivement le 15 juillet?

Menacé d'être remplacé par des camions à partir de cet été, le train de primeurs qui relie Perpignan au marché de Rungis a obtenu un sursis jusqu'à l'été. Mais selon la CGT, il ne sera pas prolongé au-delà.

Menacé d'être remplacé par des camions à partir de cet été, le train de primeurs qui relie Perpignan au marché de Rungis a obtenu un sursis jusqu'à l'été. Mais selon la CGT, il ne sera pas prolongé au-delà. - Raymond Roig-AFP

Alors que la liaison de fret ferroviaire Perpignan-Rungis, menacée d'arrêt définitif fin juin, avait été prolongée au-delà, la CGT affirme qu'elle cessera toute activité le 15 juillet prochain. Pour le marché de Rungis, il s'agirait d'un arrêt dû à la fin de la haute saison. Le ministère des Transports cherche une solution pérenne au-delà de l'été.

Sauvée mi-mai par les pouvoirs publics d'une fin annoncée, la ligne de fret ferroviaire de fruits et légumes reliant Perpignan à Rungis et son marché alimentaire va-t-elle cesser définitivement durant l'été? La CGT, par la voix du secrétaire général de l'Union départementale Pyrénées Orientales, l'affirme. S'exprimant ce mardi 4 juin sur l'antenne de Sud Radio, Jean-Claude Zaparty a déclaré : "Élisabeth Borne avait affirmé qu'il n'y aurait pas d'interruption de cette liaison ferroviaire fin juin comme c'était initialement envisagé. Or, on affirme nous que le train des primeurs s'arrêtera le 15 juillet au plus tard, soit un gain à peine de 15 jours".

Un arrêt dû à la fin de la haute saison?

A l'appui de son affirmation, le syndicaliste explique que les deux principales entreprises de transport clientes de la ligne de fret déménagent hors de l'enceinte ferroviaire de Perpignan pour s'orienter vers le tout camion. "L'une d'elles, l'entreprise Rey, par la voix de son responsable, a affirmé qu'elle cessera d'affréter des trains le 15 juillet" ajoute-t-il. Pour Jean-Claude Zaparty, il ne s'agit pas d'un arrêt temporaire dû à la fin de la haute saison, comme le laisse entendre le marché de Rungis : "On ne parle pas de creux, de saison basse".

La présidente de la région Occitanie monte au créneau

Un délégué syndical salarié d'un des deux transporteurs perpignanais renchérissait en expliquant, hier lundi 3 juin dans le journal local L'Indépendant: "le déménagement des locaux de la gare a commencé. On fait actuellement les cartons. Les employés devraient être recasés dans le groupe, mais le train, c'est fini. On nous a menti sur toute la ligne."

À Toulouse, la présidente socialiste du Conseil régional d'Occitanie, Carole Delga, est également montée au créneau ce mardi pour dénoncer le fait que, "malgré les annonces du gouvernement", la fermeture de la ligne soit "maintenue à la date du 15 juillet prochain". "Pourtant, les solutions existent et sont sur la table. Il s'agit de volonté politique", a-t-elle déclaré

"Contrairement aux annonces, la ligne va très certainement fermer à la fin du mois, le gouvernement a menti et n'assume pas", a avancé lors d'une conférence de presse organisée ce mardi 4 juin à Paris Thomas Portes, responsable national du collectif des cheminots au PCF. Pour Laurent Brun, secrétaire national de la CGT-Cheminots, les chargeurs, qui confient leurs marchandises aux transporteurs, se sont déjà arrangés pour fonctionner avec des camions.

"Mme Borne (ministre des Transports, ndlr) peut déclarer ce qu'elle veut. A-t-elle obtenu des engagements des chargeurs pour qu'ils se maintiennent dans le ferroviaire, de la SNCF qu'elle investisse les 20 millions d'euros? Rien, elle attend une opération du Saint-Esprit", a ironisé le syndicaliste.

La SNCF prolongerait le contrat de fret jusqu'à fin 2019

De son côté, le ministère des Transports, qui n'a pas commenté ces informations, avait déclaré mi-mai vouloir trouver "une solution ferroviaire pérenne d'ici la fin de l'année, permettant de poursuivre dans la durée le transport des fruits et légumes par le rail", alors que le train concerné transporte 400.000 tonnes de fruits et légumes par an. Sa réaction survenait après le tollé soulevé par l'annonce du remplacement du train quotidien par des camions, à la suite de l'arrivée à l'échéance le 30 juin du contrat entre la SNCF et les deux transporteurs Rey et Roca,

Selon le ministère, le train devait continuer "de circuler au moins jusqu’à la fin de la saison haute en cours". Parallèlement, un groupe de travail, sous l’autorité du ministère chargé des transports, se réunira chaque mois jusqu’à la fin de l’année afin d’élaborer et de mettre en œuvre collectivement cette solution ferroviaire pérenne.

Interpellée à ce sujet, ce mardi 4 juin à l'Assemblée nationale, par la député (LFI) Mathilde Panot, la ministre des Transports a rappelé que la SNCF s'était engagée à prolonger le contrat actuel de fret jusqu'à la fin 2019, aux conditions actuelles.

Un soutien financier pour aider les deux transporteurs?

En circulation depuis 40 ans, les wagons utilisés devront toutefois être remplacés au-delà de 2019 par des neufs loués par la SNCF, mais cette option devra être à la portée financière des transporteurs actuels (Roca et Rey), ce qui n'est pas évident. "La SNCF attend maintenant la confirmation de l'intérêt des chargeurs, qui sont les clients de ce train, qu'ils souhaitent bien poursuivre la liaison par ce train" a répondu Élisabeth Borne à l'élue LFI.

De son côté, le marché de Rungis s'était dit prêt à débourser 300.000 euros pour aider Roca et Rey à "louer temporairement" des wagons plus modernes. Le grand marché alimentaire frais aurait tout intérêt à conserver le train après avoir modernisé sa gare il y a dix ans grâce à un investissement de 20 millions d'euros réalisé avec la région, le conseil général et la SNCF.

La prochaine réunion sur ce dossier prévue au ministère des Transports le 20 juin devrait être décisive. La CGT va pour sa part organiser le 13 juin une réunion publique à Perpignan, invitant pour la première fois les organisations politiques et associatives autour d'une mobilisation commune.

Frédéric Bergé