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Le 8ème vol réussi de Blue Origin donne des ailes au tourisme spatial

VIDÉO - En réussissant son 8ème vol non habité depuis 2015, la firme spatiale de Jeff Bezos valide son concept de fusée réutilisable capable d'enchaîner les vols pour embarquer des touristes. Le sprint final est lancé avec Virgin Galactic: son avion suborbital a réussi son vol d'essai en avril 2018.

Le tourisme spatial, s'il n'a pas encore acquis ses lettres de noblesse, commence à marquer des points. Blue Origin, la compagnie spatiale de Jeff Bezos, a réussi le 29 avril son premier vol surborbital de l'année en envoyant la fusée New Shepard coiffée d'une capsule capable d'emporter cinq passagers.

Le lanceur s'est reposé au sol dans le Texas, après avoir atteint quelques 347.000 pieds (environ 100 kilomètres, soit la ligne qui marque la limite entre l'atmosphère terrestre et l'espace, appelée ligne Karman), selon des données provisoires. Après sa séparation avec le lanceur, la capsule -qui se distingue par de très grands hublots qui doivent permettent à de futurs touristes de l'espace d'admirer le spectacle tout en goûtant aux sensations procurées par l'apesanteur- s'est posée en douceur un peu plus loin, freinée par trois immenses parachutes et un petit coup de rétrofusée.

Au total, la mission a duré un peu moins de 13 minutes. Il s'agit du huitième vol d'essai pour New Shepard mais seulement du deuxième vol avec la capsule dotée de hublots. À son bord, un seul passager non humain: un mannequin surnommé Skywalker a effectué le voyage accompagné d'une série d'instruments pour mesurer les paramètres exacts du vol.

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- © La capsule qui se distingue par de très grands hublots qui doivent permettre à de futurs touristes de l'espace d'admirer le spectacle. AFP-Blue Origin

Dans la course au tourisme spatial, Blue Origin a marqué des points avec ce huitième vol réussi. La firme de Jeff Bezos a prouvé qu'elle était en mesure de mettre le lanceur sur le pas de tir, de le lancer, de le récupérer et de le remettre sur le pas de tir, en vue d'un nouveau lancement en 14 heures avec une équipe de seulement 30 personnes. Un exploit dans un domaine spatial qui en général nécessite des délais bien plus longs avec des équipes bien plus nombreuses.

Cette économie de moyens est indispensable si le fondateur d'Amazon veut réussir son pari d'emmener des touristes --en grand nombre-- faire des vols suborbitaux, qui leur permettront de se retrouver en apesanteur et de flotter dans la capsule pendant cinq minutes. Dans une déclaration faite en octobre 2017 au média américain CNN, Bob Smith, le PDG de Blue Origin, avait confirmé son objectif d'embarquer ses premiers passagers courant 2019.

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- © L ’avion suborbital, baptisé VSS Unity a réussi son vol d'essai le 6 avril dans le désert du Mojave en Californie (États-Unis)-Virgin Galactic

Cette conquête du tourisme spatial compte plusieurs autres prétendants qui avancent aussi leur pion. SpaceX a vendu deux places pour la Lune à deux voyageurs inconnus. Ils décolleront au cours de l'année 2018 à bord du véhicule spatial Dragon V2 (soutenu par la NASA) propulsé par le lanceur Falcon Heavy.

De son côté, Virgin Galactic, créée en 2004, entend proposer à huit passagers des vols commerciaux facturés 250.000 dollars (206.000 euros) par personne. Elle a franchi une étape décisive dans son programme qui a pris du retard, en réussissant le 6 avril 2018 son premier vol d'essai depuis le coup d'arrêt qu'a constitué l'accident mortel et le crash de son premier avion, SpaceShip Two, le 31 octobre 2014.

La nouvelle version de son avion suborbital, rebaptisé VSS Unity et propulsé par une fusée, a décollé du désert du Mojave en Californie (États-Unis) attaché à l’avion porteur WhiteKnightTwo jusqu’à atteindre une altitude suffisante pour se séparer et allumer son moteur. Aujourd’hui, Virgin Galactic assure compter près de 700 clients inscrits pour de futures expéditions qui devront commencer au mieux d’ici la fin de l’année 2018.

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- © L'hôtel-station spatiale Aurora proposera des séjours en orbite de douze jours à partir de 2022. Orion Span.

Si les projets les plus avancés se focalisent sur le transport sécurisé en vol suborbital de passagers, d'autres initiatives se font jour pour faire séjourner dans l'espace des touristes. Le premier hôtel de luxe en apesanteur a été présenté, le 5 avril dernier, par la société Orion Span, à l'occasion du sommet Space 2.0 de San José, en Californie.

Cet hôtel-station spatiale, baptisé Aurora, gravitera en orbite terrestre basse à plus de 320 km d'altitude. Il prévoit d'accueillir dès 2022 ses premiers hôtes: six personnes, dont deux membres d'équipage, pourront se déplacer à bord et y séjourner jusqu'à douze jours. Un site de réservation en ligne est ouvert avec un dépôt de garantie de 80.000 dollars (66.000 euros) exigé pour s'inscrire sur la liste d'attente. Mais, le moment venu, inutile d'espérer voyager en "simple" touriste. Les hôtes de la station Aurora devront se soumettre à un entraînement de trois mois dans une base aérienne située à Houston, au Texas...

Frédéric Bergé