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La fintech française Morning (ex-Payname) au bord du gouffre

En trois années d'existence, la start-up a procédé à 3 levées de fonds, dont la dernière, en septembre 2015, a vu la Maif devenir actionnaire principal, en mettant 5 millions d'euros au pot.

En trois années d'existence, la start-up a procédé à 3 levées de fonds, dont la dernière, en septembre 2015, a vu la Maif devenir actionnaire principal, en mettant 5 millions d'euros au pot. - Morning

Créée en 2013 comme un intermédiaire financier pour le paiement de petits services entre particuliers, la fintech est bloquée par le régulateur faute de nouvelle levée de fonds. Son actionnaire majoritaire depuis 2015, la Maif, ne suit pas ses projets d'évolution vers une "néo-banque".

Après l'euphorie liée aux perspectives florissantes des fintechs françaises, assiste-t-on à un début de reflux? Depuis le 7 décembre 2016, la start-up Morning (ex Payname) a vu son activité bancaire stoppée sous le coup d’une injonction de l’ACPR (l’autorité régulatrice du secteur financier). Bloquée, la fintech se trouve dans l'impossibilité de proposer ses services, notamment ceux de cagnotte en ligne. Par contrecoup, ses clients ne peuvent toucher à leur argent, aucun mouvement bancaire ne pouvant être opéré.

La décision du régulateur du secteur financier a été motivée par la situation financière délicate de la fintech. Cette dernière a nanti (bloqué) une partie des montants détenus par ses clients afin de satisfaire aux obligations de garanties nécessaires pour le lancement des cartes de paiement Morning auprès de Mastercard.

La jeune société prépare en effet l'évolution de son métier vers celui d'une "néo-banque", projet qu'elle concocte depuis début 2016. Mais, le régulateur ne l'a pas entendu de cette oreille. L'APCR a jugé que la fintech aurait dû puiser ces sommes dans ses fonds propres et non dans ceux de ses clients pour assurer cette garantie financière.

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- © Les temps heureux où la Maif rendait visite en septembre 2015 à l'équipe de Payname (rebaptisée Morning en 2016) sont bien révolus. De gauche à droite : Éric Charpentier (Payname), Anne Dempuré (Maif), Nicolas Siegler (Maif), Élisabeth Raust

Le problème est que Morning n'a pu faire autrement, faute de fonds propres suffisants, son actionnaire principal n'étant pas prêt à participer à une nouvelle levée de fonds. La fintech d'origine toulousaine met en cause l'assureur Maif, qui y a pourtant investi 5 millions d'euros en septembre 2015.

"Notre investisseur principal, la Maif, nous annonce qu’il conditionne son action d’accompagnement du projet à l’entrée d’un nouvel investisseur... Aujourd’hui, la start-up est bloquée dans une situation irrationnelle dans laquelle la Maif ne souhaite ni sortir de son capital, ni l'accompagner jusqu’à l’introduction de nouveaux investisseurs" explique la fintech dans une communiqué officiel.

Pour tenter de sortir de l'impasse, deux réunions sont organisées à Toulouse ce vendredi 16 décembre 2016. A commencer par une assemblée générale extraordinaire, présentant le rapport spécial d'alerte du commissaire aux comptes. La trésorerie de la start-up étant exsangue et en l'absence d'engagement financier de son actionnaire principal, la menace d'une issue "fatale" plane sur l'entreprise et ses 48 salariés.

Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, organise elle, ce vendredi également, une réunion à la préfecture de Haute-Garonne pour faire le point sur la situation de l'entreprise. Agissant comme médiateur, la région "entend se porter comme caution morale et de sérieux auprès de Maif", selon le quotidien La Dépêche.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco