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Comment la Maif veut concurrencer les banques sans en devenir une

La MAIF est convaincue de pouvoir se présenter comme une nouvelle alternative face aux banques traditionnelles et aux banques en ligne.

La MAIF est convaincue de pouvoir se présenter comme une nouvelle alternative face aux banques traditionnelles et aux banques en ligne. - Gérard Julien-AFP

"La mutuelle d'assurance compte profiter de la directive européenne sur les services de paiement, applicable en 2018. Elle teste un service Internet qui fera d'elle un intermédiaire financier sans qu'elle n'ait besoin de proposer de compte bancaire."

Les assureurs vont avoir une nouvelle possibilité de concurrencer les banques. Sans les contraintes auxquelles se sont astreints certains acteurs, comme Axa ou Groupama, qui ont créé de toutes pièces une filiale bancaire et décroché à cet effet une licence en bonne en due forme. Il leur suffit pour cela d'attendre 2018, date à laquelle entrera en vigueur la directive européenne sur les services de paiement (DSP2) qui leur donnera la possibilité de se positionner comme "intermédiaires financiers et bancaires" sans avoir à créer d'entité dédiée. C'est exactement ce que la Maif a choisi de faire... mais en prenant les devants. 

"La transformation digitale en cours et la prise de pouvoir du consommateur n’attendront pas les acteurs du marché de l’assurance" explique Pascal Demurger, directeur général de la Maif. L'assureur a doté un fonds de 125 millions d’euros sur 3 ans (40 millions investis à date) pour investir dans les start-up du numérique comme Koolicar ou TravelerCar.

La Maif parie sur un nouveau modèle de "néo banque"

La Maif parie sur un nouveau modèle de "néo banque" dans lequel, une "marque reconnue et inspirant confiance devient l’interlocutrice privilégiée de la relation bancaire et financière sans avoir à intégrer dans son offre un compte bancaire".

S'inspirant d'un modèle d'intermédiation semblable à celui qui a permis à Booking ou Expedia de s'imposer dans l'hôtellerie, l'assureur lancera, le 20 juin 2016, Nestor, une application web et mobile, avec laquelle la Maif compte "apporter une première réponse aux besoins des consommateurs en matière de banque au quotidien".

Ce service en ligne consiste en un "agrégateur" accessible sur ordinateur et sur smartphone, permettant, à l'internaute qui a plusieurs comptes dans plusieurs banques, de les consulter d'un coup d'œil: compte bancaire courant, compte Paypal, compte Nickel, épargne salariale, etc... Cet outil internet regroupe en effet pour le client l’ensemble de son patrimoine bancaire dont tous les soldes (positif ou négatif) s'affichent en temps réel.

La mutuelle s'appuie sur la fintech Linxo

Pour développer Nestor, Maif s'est appuyée sur un outil informatique existant. Il a été mis au point par la fintech Linxo, l’une des start-up françaises spécialisées dans le marché des applications gérant "l’agrégation" de comptes multiples. Cette application est capable d'anticiper les dépenses d'un foyer pour les alerter sur un probable découvert à court terme. Destinée, dans un premier temps, à des "ambassadeurs" de la mutuelle d'assurances (des salariés et des clients sélectionnés), l’application sera proposée à tous début dès novembre 2016.

La Maif voit Nestor comme une sorte de "conseiller bancaire" capable d'informer son utilisateur de la date prévisible à laquelle le solde de son compte courant risque de devenir négatif. Mais lorsque la réglementation le permettra, cette application sera surtout en mesure d'effectuer un virement préventif d'un compte à un autre, en s'affranchissant des sites internet de chaque banque, devenant ainsi un véritable concurrent.

Les banques risquent de perdre le lien direct avec le client

Le risque pour les banques sera, alors, de perdre le contact direct avec leurs clients au profit de ces intermédiaires comme les hôtels ou les agences de voyages l'ont perdu avec le succès des plates-formes globales de réservation sur Internet. Les assureurs comme la Maif, qui ont peu d'occasion, contrairement aux banques, d'entretenir une relation régulière avec leur clientèle (hormis lors d'un sinistre), rêvent d'utiliser ces outils de gestion de compte, pour augmenter la fréquence de leurs contacts.

Pour l'instant, la menace n'est que virtuelle même si certaines banques ont déjà investi dans des fintechs comme Linxo. Mais en 2018, lorsque la directive européenne s'appliquera, les banquiers traditionnels devront "coopérer" en communiquant les informations sur leurs clients à ces intermédiaires financiers d'un nouveau genre.

Le fonds Maif Avenir investit dans la protection des données personnelles

La start-up Cozy Cloud a bouclé une seconde levée de fonds de 4 millions d'euros auprès de la MAIF (via son fonds d'investissement MAIF Avenir) et d'Innovacom pour accélérer son développement commercial. Fondée en 2012, Cozy Cloud a développé une solution consistant à importer sur des serveurs informatiques externes les données personnelles issues de différents services en ligne pour les consolider (mail, agenda, fichiers, données provenant de tiers) et en limiter la réutilisation par les fournisseurs de services marchands sur Internet ou les éditeurs d'applications mobiles.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco