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L'impitoyable pression de SFR sur ses fournisseurs 

La nouvelle direction de SFR exige des baisses tarifaires de tous ses fournisseurs. Ceux-ci commencent à se rebiffer.

La nouvelle direction de SFR exige des baisses tarifaires de tous ses fournisseurs. Ceux-ci commencent à se rebiffer. - AFP Fred Dufour

L'opérateur veut baisser de 30% les factures de tous ses prestataires. La moindre dépense passerait au crible d'un comité d'investissement, sous la houlette d'Armando Pereira, proche de Patrick Drahi.

Dur, dur d'être un fournisseur de SFR par les temps qui courent. Dalkia, filiale d'EDF, aurait assigné mi-janvier 2015, Numericable-SFR devant le tribunal de commerce, après que l'opérateur s'est livré à des ruptures de contrats, jugées abusives, selon Le Figaro.

Le litige serait motivé par la politique nouvelle de SFR-Numericable consistant à tailler dans les dépenses engagées chez tous ses prestataires. En l'occurrence, l'opérateur aurait abusivement résilié quatre contrats. Les deux parties se sont refusées à réagir à cette révélation du litige les opposant.

Cette pratique nouvelle de réduction drastique des coûts aurait été actée lors de la présentation du plan stratégique, effectuée le 18 décembre 2014. Soit, quelques semaines après la prise de pouvoir de la nouvelle direction de SFR, issue d'Altice et de Numericable, qui a vu cinq des six membres du Comex de SFR remplacés par des proches de Patrick Drahi.

L'exigence de baisse de tarifs concerne tous les prestataires

"Toutes les factures doivent a priori baisser de 30%. C'est clairement une impulsion de la nouvelle direction", précise-t-on de source syndicale. A priori, tous les fournisseurs sans exception seraient concernés.

Si, dans certains cas, des marges de manoeuvre pour la renégociation de contrats sont possibles, pour d'autres prestataires, ces nouvelles exigences tarifaires auront du mal à passer. On pense notamment aux prestataires externes de centres d'appel, gros employeur de main d'oeuvre, travaillant pour le compte de SFR.

"La moindre dépense passe désormais au crible du comité d'investissement. On nous a rapporté que même des factures de 10 euros seraient concernées. Ce processus de contrôle n'est pas simple à appliquer à l'échelle d'une société de 9.000 personnes. Il ne faudrait pas qu'un contrôle trop tatillon des dépenses aboutisse à bloquer toute l'entreprise" ajoute-t-on, toujours de source syndicale.

Le repreneur de SFR s'est engagé à garantir l'emploi pendant 3 ans

Le nouvel homme fort chargé de passer à la paille de fer tous les coûts chez SFR est Armando Pereira. Son nom n'apparaît dans aucun organigramme officiel de l'opérateur, mais un syndicaliste nous a confirmé son rôle-clé dans le strict contrôle des dépenses qui est appliqué. C'est un homme de confiance de Patrick Drahi. Ce dernier l'a connu il y a plus de dix ans, du temps où cet entrepreneur d'origine portugaise, dirigeait Sogetrel, société spécialisée dans l'installation de réseaux câblés.

Cette sévère chasse au gaspi a pour contexte l'engagement de garantie d'emploi de trois ans couvrant les salariés de SFR à compter du 1er juillet 2014. Or, lors du rachat de SFR, Numericable avait promis que ce rachat permettrait de générer 1,1 milliard d'euros d'économies par an à partir de 2017.

De là à penser que la variable d'ajustement, pour respecter ces objectifs financiers, s'est déplacée du côté des fournisseurs...

Fréderic Bergé