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L’étau européen de l’anticoncurrence se resserre autour des Gafa

Andrus Ancip, vice-président de la commission européenne, prépare le marché unique du numérique et veut clarifier les règles entre les entreprises européennes et les géants américains.

Andrus Ancip, vice-président de la commission européenne, prépare le marché unique du numérique et veut clarifier les règles entre les entreprises européennes et les géants américains. - John Thys - AFP

Les fleurons européens de la tech parmi lesquels Deezer, Spotify, Rocket Internet ou FaberNovel, ont adressé un courrier à la Commission Européenne pour réclamer des mesures contre les pratiques des géants du numérique. L’Europe devrait légiférer avant la fin de l’année.

L’heure de la révolte contre les géants américains de l’Internet a-t-elle sonné? C’est fort probable selon Reuters qui dévoile que la Commission européenne s’apprête à "sévir contre les grands groupes Internet américains" avec un projet de loi d’ici la fin de l’année pour répondre aux pratiques jugées anti-concurrentielles d’Apple, Google, Facebook ou encore Amazon.

Si les commissaires européens chargés du numérique ou de la concurrence sont sur ces dossiers depuis des années, l'accélération est due à une missive adressée pas de grandes entreprises européennes de la tech parmi lesquelles les français Deezer et FaberNovel, le suédois Spotify ou l’allemand Rocket Internet.

Ces entreprises accusent les géants américains, sans citer de nom, d’abuser de leur position dominante non seulement en écrasant la concurrence, mais aussi en la soumettant à une dîme de 30% sur le chiffre d’affaires généré par les applis distribuées sur les magasins d’applications.

Loi européenne contre modèle économique américain

À Bruxelles, ce "coup de gueule" arrive à point nommé puisque la commission travaille justement sur le marché unique du numérique. Andrus Ancip, vice-président de la commission européenne en charge du numérique, a donc promis de lancer "d'ici la fin de l'année une initiative concernant les clauses contractuelles et pratiques commerciales déloyales observées dans les relations entre les plateformes et les entreprises".

Confirmant les faits rapportés par les entreprises signataires, la Commission a déclaré que ses premières investigations, lancées en 2016, avaient révélé que les plateformes déréférençaient des produits et des services sans information préalable, restreignaient l'accès aux données et que leurs critères de classement des recherches manquaient de transparence.

Pour le moment, aucun des Gafa n'a réagi à cette annonce, ni même l'administration Trump. En 2015, face à des menaces européennes contre les géants du numérique, Barack Obama avait été très virulent, en déclarant: "L’Europe se drape de positions nobles pour masquer des intérêts commerciaux". La réponse de Stéphane Richard, PDG d'Orange avait été aussi cinglante en qualifiant ces propos de colonialisme numérique.

Pascal Samama