BFM Business

L'avenir de Tinder divise la communauté financière 

L'application de rencontres en ligne a ses détracteurs et ses supporters parmi les analystes. Un étudiant en finance a même écrit une note sur l'avenir de Tinder qui lui a valu d'être récompensé par ses futurs pairs.

Tinder a plutôt vocation à rapprocher les personnes qu'à les diviser. Sauf peut-être ceux qui sont déjà en couple. Mais l'application qui facilitent les rencontres ne fait pas vraiment l'unanimité chez les analystes financiers.

Le camp des pessimistes compte notamment dans ses rangs Brian Nowak de Morgan Stanley. Ce dernier avait fait grand bruit en estimant, dans une note publiée le 26 février et citée par Marketwatch, qu'il "n'existait pas de potentiel à la hausse" pour cette application. Cet analyste considérait alors que Tinder n'empêcherait pas sa maison-mère InterActiveCorp (qui détient également Meetic) de voir s'éroder le nombre de ses utilisateurs payants.

Il prédisait le déclin des marges sur Tinder et émettait ses doutes autour de Tinder Plus, la version payante de l'application. "Un très petit pourcentage de célibataires manifestent un intérêt pour les rencontres en ligne payantes", jugeait-il.

Au coeur d'une grande messe de la finance 

Tous les analystes ne sont pas aussi pessimistes. JMP Securities considère par exemple que l'application pourrait peser 1,6 milliard de dollars d'ici à 2016 et les analystes de Crédit Suisse estiment que Tinder présente "une croissance sous-jacente intéressante". La raison de leur enthousiasme? Les 100.000 nouveaux abonnés que Tinder a enregistré en un peu plus de deux mois. Une performance dévoilée par Business Insider.

Dans tous les cas, Tinder reste un sujet qui anime vivement les salles des marchés. Pour preuve l'application a été au cœur de la conférence annuelle de Sohn Investment, sorte de grande messe de la Finance américaine où l'on a aperçu des stars de Wall Street telles que David Einhorn ou Bill Ackman.

Lors de cet événement un "concours d'idée" est organisé chaque année. En clair, de jeunes analystes et/ou des étudiants font une présentation sur une valeur et détaillent leur analyse. Un jury composé d'analystes et de gérant de fonds détermine ensuite le palmarès.

Le vainqueur de cette édition 2015? Angelo Martorell, un étudiant de 31 ans à la Wharton School, qui pendant 10 minutes s'est attelé à convaincre du potentiel de Tinder pour InterActiveCorp. Selon lui, les outils couramment utilisés par Wall Street, ne permettent pas "d'évaluer correctement la valeur de Tinder".

La publicité et l'infidélité comme sources de croissance

Il explique par exemple que l'application a le mérite de ratisser large, étant "50 fois" plus grand (en termes d'utilisateurs) que n'importe quelle autre application de dating. Notant que les analystes financiers "ont peur des sites de rencontre en ligne", il explique dans sa présentation powerpoint pourquoi l'application de dating va passer avec succès le cap de la monétisation.

Par exemple en introduisant de la publicité. "Tinder a accès à votre compte Facebook, ce qui signifie qu'ils savent ce que vous aimez, votre âge, votre lieu de résidence (…) ce qui a beaucoup de valeur" auprès des annonceurs peut-on lire sur une de ses slides. D'autant plus que l'utilisateur se connecte en moyenne 11 fois par jour à Tinder et y passe 77 minutes, contre 40 minutes pour Facebook.

De plus Tinder, selon lui, apporte des cibles potentielles pour les autres sites du groupe InterActiveCorp. Ses utilisateurs vont finir par vouloir d'autres formes de rencontre et passeront ainsi sur des applications payantes du groupe comme Match.com.

Enfin, le service payant Tinder Plus serait susceptible d'attirer de nombreux publics. Notamment les hommes et femmes mariés en voyages d'affaires qui cherchent l'amour d'un soir en toute discrétion. Un potentiel "qu'aucun analyste n'avait décélé", selon Angelo Martorell.

Quant à ceux qui ne pensent pas comme lui, comme l'analyste de Morgan Stanley, l'étudiant prometteur ne manque pas de leur tailler un costard en règle. "Ils doivent être des hommes mariés et heureux dans leur couple" ou au choix, "avoir vécu sous un caillou", affirme-t-il.