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Internet menacé par la canicule ?

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- - MARTIN BUREAU / AFP

Soumis à rude épreuve, les datacenters font l’objet d’innovations spectaculaires concernant le refroidissement des équipements qu’ils abritent. La canicule est prise très au sérieux par les opérateurs télécoms et les hébergeurs informatiques.

Autre victime potentielle de la canicule, les datacenters font l’objet d’une surveillance toute particulière en cette période de canicule. Leur température moyenne doit en effet osciller entre 20 et 22°, bien que certains sites fonctionnent sans problème jusqu’à 27°-28°.

Systèmes de refroidissement en mode free cooling, de vaporisation d’eau, circuits d’eau tiède et autres climatiseurs sont donc soumis à rude épreuve.

Car ces défenses ont leurs limites. Le free cooling est d’ailleurs dépassé dès que la température extérieure dépasse les 40° en journée, 30° la nuit. Cette technologie s’appuie en effet sur une technique de ventilation qui va capter l’air extérieur pour refroidir l’intérieur des salles informatiques.

Technologies en test

Mais cela ne fonctionne bien entendu que si la température extérieure est inférieure à celle à l’intérieur du bâtiment et si ce dernier a bien été conçu selon plusieurs critères : sa situation géographique (Nord ou sud de la France), son environnement (campagne, ville, zone industrielle) les contraintes d’espace, d’humidité, de bruit, de pollution. C’est en fonction de ces différents paramètres que le climaticien doit composer le système de production de froid le plus adapté. Tous fonctionnent également en architecture séparant les flux froids et chauds.

Concernant les autres systèmes de refroidissement, le but aujourd’hui des hébergeurs est de minimiser le recours aux compresseurs et autres circuits frigorifiques. L’une des tendances consiste à climatiser les datacenters avec de l’eau glacée à « haute température », entre 18° et 25° (soit de l’eau tiède). Selon les experts, cela permet une réduction des frais d’exploitation de 40%.

D’autres technologies sont actuellement en cours de tests comme le liquide cooling qui apporte une technique de refroidissement au plus près des composants électroniques. Le principe consiste à capturer l’air chaud pour le transférer à l’eau qui peut ensuite être évacuée. D’autres systèmes plus complexes consistent à immerger les systèmes électroniques dans des bains d’huile minérale dont la température de vaporisation oscille entre 45 et 49°, ce qui permet à ces fluides de piéger la chaleur dégagée par les composants. Une troisième technologie s‘appuie sur une plaque au sein de laquelle coule de l’eau qui, par conduction thermique va capter en direct l’énergie calorifique provenant des composants.

Les antennes mobiles aussi

Les technologies ne manquent pas donc pour refroidir les serveurs et autres équipements réseaux. Parmi les autres innovations figure aussi le système adiabatique qui consiste à pulvériser de l’eau à proximité du condenseur. Ce qui a pour effet de refroidir l’air impulsé de plusieurs degrés.

Reste enfin à citer le cas des antennes relais télécoms qui non seulement chauffent mais doivent faire appel de la même façon à des climatiseurs, soumis aux aussi aux effets de la canicule.

L’équation s’avère donc complexe entre la performance des équipements, leur approche écoresponsable, leur consommation d’énergie (et la facture induite) et leur efficacité.

Et parions qu’à l’avenir, si ces épisodes caniculaires se répètent à l’envi dès le début de l’été, opérateurs et hébergeurs auront à innover encore davantage, investir toujours plus. La canicule aura-t-elle peut-être aussi au final un impact sur le prix de nos futurs forfaits internet et mobiles.

Frédéric SIMOTTEL