BFM Business

Huawei démine toutes les attaques

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- - F. Simottel

Opération transparence chez le géant chinois des télécoms. Quelques jours avant le salon de Barcelone, Huawei a dégainé tous azimuts pour tenter de prouver qu’il se battait avec les mêmes armes que ses concurrents et qu’il n’espionnait pas ses clients au profit du gouvernement de Pekin. Les enjeux sont considérables en préambule du développement de la 5G. Reportage à Shenzhen.

Trois sas de sécurité à franchir. Ses objets personnels déposés à l’entrée. Et vous voici projetés dans le saint de saint du laboratoire de cybersécurité de Huawei à Shenzhen, l’endroit où sont testés tous les logiciels télécoms que le constructeur installe ensuite sur les équipements de ses clients. Matériels vérifiés, codes sources analysés, certains opérateurs étrangers passent ici des semaines à déchiffrer les programmes bientôt déployés au cœur de leurs infrastructures en Europe ou ailleurs.

Cette zone classée « Top Secret », Huawei la fait visiter et veut jouer la transparence absolue. « Tous nos logiciels et matériels sont certifiés par les grands organismes mondiaux de standardisation télécoms, précise le directeur général de ce laboratoire. Des laboratoires comme celui-ci, il en existe d’ailleurs ailleurs : 2 en Europe, Royaume Uni et Allemagne ; un prochain va ouvrir dans les jours qui viennent en Belgique. Et pour conclure sur le sujet, le DG du laboratoire affirme haut et clair qu’il est également très strict sur le recrutement.

« Nous n’embauchons aucun ingénieur ayant déjà travaillé pour le gouvernement, l’Armée et encore moins des organisations de hackers. Huawei joue enfin la transparence jusqu’au bout, entraînant clients et journalistes à visiter de près ses usines, bien décidé à contrer toutes les rumeurs et accusations portées notamment par les Américains par la voix du premier d’entre-eux, Donald Trump. Si ce dernier a pris en grippe les fournisseurs high tech chinois, Huawei est devenue sa bête noire. L’attaque est forte et a même frappé le management de l’équipementier ; la fille du fondateur a été arrêtée au Canada pour avoir –selon les américains, enfreint les règles d‘embargo vis à vis de l’Iran il y a quelques années.

Il n’en fallait pas plus que pour que le fondateur Ren Zhengfei sorte de l’ombre et accorde –une première depuis 14 ans- une interview à un média occidental, la BBC en l’occurrence.

Ren Zhengfei, le fondateur sort de l’ombre

« Le monde a besoin de Huawei. Les Etats Unis n’auront pas notre peau, martèle le patriarche qui argue que s’il y avait le moindre logiciel espion dans ses équipements, les américains et leurs technologies ultra-performantes l’auraient déjà découvert. Ren Zhengfei rappelle enfin que sur les plus de 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires du groupe, plus de 65% sont réalisés à l’international. « Comment risquer de perdre ce niveau de ventes, s’interroge Vincent Peng, le patron Europe du géant chinois.

« C’est en outre bien mal connaître l’histoire de Huawei que de chercher à les relier avec le pouvoir de Beijing, affirme Tian Tao, auteur d‘une biographie de Ren Zhengfei. Si le fondateur avait voulu être plus proche de l’Administration, il se serait justemment installé à Beijing. Quant à son passé d’officier de l’Armée Chinoise, il n’y est resté que quelques très courtes années à un poste de technicien en électronique. Et son engagement à l’époque était surtout lié à sa situation familiale qui lui permettait en tant que militaire de disposer de davantage de rations alimentaires dans le village où il vivait ».

Rétro-pédalage de la Grande Bretagne, la Nouvelle-Zélande et l’Allemagne

A grands renforts de campagnes de communication et d’actions dans le domaine culturel et de l’éducation un peu partour dans le monde, L’opération déminage semble aujourd’hui porter ses premiers fruits. La Grande Bretagne, première à dénoncer les relations obscures de l’industriel chinois avec le gouvernement de Xi Jinping a révisé sa position il y a à peine quelques jours.

Le service de renseignement britannique a fait passé son jugement au statut de « mitigé ». Nous n’en sommes pas encore à la confiance absolue mais le rétro-pédalage a marqué les esprits. L’opérateur BT (ex-British Telecom) lui-même, dont tout le monde a repris en cœur qu’il retirait tous ses matériels Huawei sur ses réseaux 3G et 4G a expliqué qu’en fait seul le cœur de réseau était concerné et que cette décision n’était pas liée aux déclarations de Trump. Et qu’en outre, cela ne concernait en rien les tests qu’il allait mener autour de la 5G. Derrière, les décisions se sont enchaînées.

Spark, principal opérateur néo-zélandais a ainsi demandé à on Premier ministre de revoir sa position. Ce que ce dernier s’est empressé de faire, affirmant qu’il n’avait pas interdit les équipements Huawei mais qu’il demandait aux opérateurs locaux de rester vigilant. Tout dernièrement, c’est encore l’Allemagne qui laisse à son tour la porte ouverte aux expérimentations 5G menées avec Huawei.

En France, le gouvernement cherche un consensus médian pour à la fois assurer la sécurité nationale, ne pas prendre de retard sur la 5G, permettre à ses opérateurs de poursuivre leurs expérimentations avec chacun des acteurs, et ne pas se fâcher avec le marché chinois. Sébastien Soriano, président de l’Arcep a, sans prendre de position vis à vis du chinois, tenu à rappeler qu’il fallait que le gouvernement prenne une décision rapidement pour ne pas freiner le développement de la 5G. 

Lancement d’un smartphone pliable à Barcelone

Quant à Huawei, il prend ces jours-ci un bonne bouffée d’oxygène. Le géant chinois se réjouit de faire enfin l’actualité sur ses dernières innovations grand public et notamment le Mate X, un smartphone pliable présenté en ouverture du MWC, le salon mondial des mobiles qui se déroule cette semaine à Barcelone. Ce smartphone 5G dispose donc d’un premier écran pour le mode smartphone puis, une fois ouvert, d’un autre écran dépliable pour le mode tablette. Un modèle qui répond très directement au dernier Samsung Galaxy F, annoncé la semaine dernière.

Il n’en fallait pas plus pour que les chinois aient l’impression de voir le bout du tunnel dans lequel ils ont été précipités ces derniers mois.

Transparence et visite des laboratoires de développement

La riposte se fait aussi sur le terrain. En plus de flécher très clairement les 2 milliards de dollars investis en R&D au niveau mondial, Huawei ouvre certaines de ses entités les plus sensibles et notamment son laboratoire en Cybersécurité basé à Shenzhen –siège de l’entreprise-. C’est là que sont testés tous ses équipements et logiciels.