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Facebook va-t-il vraiment tuer Tinder?

En lançant une fonction de rencontres, Facebook pourrait faire du mal aux applications les plus utilisées. Mais l’amas d’informations dont le réseau social dispose pourrait poser problème.

En plus d’être un réseau social, Facebook sera bientôt un site de rencontres. C’est ce qu’a annoncé Mark Zuckerberg lors de sa conférence annuelle dédiée aux développeurs ce 1er mai. Dans les heures qui ont suivi, l’action de Match Group, maison-mère de Tinder, perdait plus de 20% de sa valeur. La dégringolade boursière montre que la nouvelle fonction de Facebook constitue une véritable menace pour les applications de rencontres actuelles. Lors de sa conférence, Facebook a dévoilé quelques détails qui permettent déjà d’identifier les forces de son service de rencontres, mais également ses faiblesses.

Un profil totalement isolé

Beaucoup d’utilisateurs de Facebook ne souhaitent pas que leur famille ou leurs collègues - voire leur conjoint ou conjointe - ne soient au courant de leur volonté de trouver un nouveau partenaire. L’entreprise américaine le sait bien, et a mis en avant sa volonté de segmenter son profil de “célibataire” du reste. Une page spécifique sera créée, uniquement destinée à ceux qui cherchent l’âme sœur.

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Ces précautions sont essentielles pour pouvoir rivaliser avec des applications tierces, qui ont pour avantage de permettre à l’utilisateur d’évoluer dans un environnement indépendant de Facebook et permettent une plus grande discrétion vis-à-vis de ses proches.

Des partenaires que l’on rencontre vraiment

D’après un article publié par le site américain The Outline, il faudrait parcourir jusqu’à 3.000 profils Tinder avant de rencontrer une personne dans le monde réel, soit environ une heure et quarante minutes de recherche en accordant deux secondes par profil. Le chiffre met le doigt sur l’un des principaux défauts des applications de rencontres “traditionnelles”, qui s’arrêtent au fait de mettre deux individus en relation.

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Grâce à la richesse du réseau social, Facebook pourra assurer le “service après-vente”, en provoquant des rencontres réelles. Pour cela, le site s’appuiera sur les pages dédiées aux groupes et aux événements. Avant un concert ou une soirée, il sera ainsi possible de savoir qui est ouvert à une éventuelle rencontre amoureuse. A la différence de Tinder, ce n’est pas la discussion virtuelle qui devra susciter une rencontre réelle, mais l’inverse. Au passage, Facebook ajoute un peu d’intérêt à ces deux fonctions phares.

Les questions qui fâchent

Sur le papier, Facebook a les clés en main pour tuer Tinder, Grindr, Bumble, Happn et toutes les applications qui se mettent sur son chemin. Son principal atout reste ses quelques 2,2 milliards d’utilisateurs à travers le monde, dont 200 millions se revendiquent comme célibataires sur le réseau social. En attendant davantage de précisions de la part de la firme, plusieurs questions restent en suspens.

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Facebook l’a promis, aucun ami ne sera proposé parmi les prétendants. Mais les cercles de relations seront utilisés, à en croire les captures d’écran mettant en scène une conversation avec un dénommé Jay, qui partage deux amis avec l’utilisateur. D’après les images, il sera possible de voir le nom des amis en commun, ce qui pourrait inciter l’utilisateur à leur poser certaines questions, levant ainsi une bonne partie de la discrétion.

Surtout, la quantité d’informations dont dispose Facebook pour mettre deux personnes en relation est immense, bien supérieure à celle d’applications principalement basées sur notre géolocalisation. Sur quels critères Facebook décidera-t-il d’associer un couple potentiel ? La participation à un même concert sera-t-elle suffisante ? A terme, Facebook ne sera-t-il pas tenté de rechercher la ressemblance à tout prix, enfermant les célibataires dans des “bulles relationnelles” ? Comment Facebook gèrera-t-il des éléments personnels, comme la religion, pour “proposer” un individu à un autre ? En fonction des ses réponses, Facebook parviendra ou non à devenir la plus grande agence matrimoniale de l’Histoire.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech