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Espace : Airbus DS accélère sur «son autoroute spatiale des données»

Ce mardi, un lanceur Ariane 5 enverra en orbite deux satellites. L’un d’eux, EDRS-C, viendra compléter le projet de « fibre spatiale », imaginé par l’Europe, pour révolutionner les transmissions d’informations vers la Terre.

Pas de compte à rebours, ni de tweet énigmatique. Contrairement à la NASA, l’agence spatiale européenne (ESA) reste généralement sobre dans sa communication. Pourtant, la mise en orbite, ce mardi soir de l’obscur satellite européen EDRS-C est une petite révolution. Issu d'un partenariat public-privé entre l'ESA et Airbus Defence and Space, c’est le deuxième nœud d’une constellation de satellite imaginée, il y a 10 ans, dans le cadre du programme ARTES de l’ESA.

L’idée était alors de placer trois grands satellites en orbite géostationnaire, à 45 000 kilomètres, là où les objets tournent à la même vitesse que la rotation de la Terre. Ce qui permet à ces satellites de rester en permanence au-dessus du même point terrestre, quand les satellites en orbite basse (jusqu’à 2000 km d'altitude) font le tour du globe toutes les 90 minutes.

Vitesse record

Ces trois satellites (EDRS-A, EDRS-C et EDRS-D) vont en fait jouer les relais vers la Terre en transmettant à une vitesse de 1,8 gb/s (soit environ 100 fois la vitesse d’une connexion internet classique) les informations des satellites en orbite basse. Ces derniers ne peuvent communiquer que 10 minutes avec un récepteur au sol sur les 90 minutes de leur orbite autour de la Terre. En transmettant ses informations à un satellite géostationnaire, les données sont envoyées presque immédiatement sur Terre, réduisant la latence des transferts. D’autant plus que la constellation EDRS utilise la technologie puissante du laser optique, pour créer une véritable « autoroute spatiale des données ».

Il faut rappeler que l'Europe s'appuie actuellement sur la disponibilité d'antennes de stations terriennes non-européennes pour recevoir les données des satellites d'observation de la Terre. « Cela représente une menace potentielle pour l’indépendance stratégique de l’Europe. EDRS offre une solution à ces problèmes » précise l’ESA.

Le premier nœud du réseau, EDRS-A a été envoyé dans l’espace en janvier 2016. « Depuis sa mise en service fin 2016, il a établi plus 20 000 connexions laser. Affichant une fiabilité de 99,5 %, ces connexions ont permis de télécharger plus de 1 pétaoctet de données » affirme Airbus DS.

L'enjeu de la data

Après EDRS-C, ce mardi, le troisième élément EDRS-D sera mis en orbite à l’horizon 2024 pour compléter le réseau mondial. Il sera développé en partenariat avec l'opérateur japonais SKY Perfect JSAT pour lui donner une dimension internationale.

Cette sorte de « fibre » spatiale sera utilisée en premier lieu pour la recherche scientifique via le programme Copernicus, un système d’observation de la Terre. Par la suite, ce réseau sera proposé aux entreprises privées et sera évidemment utilisé pour la défense. « L’objectif ultime sera bien sûr s’atteindre une couverture mondiale afin que nous puissions transmettre des images du monde entier en Europe, quasi-immédiatement » affirme l’ESA.

La quantité de données fournie par les satellites en orbite basse ne fera qu’augmenter dans les années à venir. Cette technologie permettra d’exploiter pleinement ces vastes quantités de données, qui sont déjà le nerf de la guerre économique.