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E-santé: comment y voir plus clair dans la jungle des applis?

Sur ces applications, le conseil national de l'Ordre des médecins recommande de vérifier la confidentialité des données recueillies, la sécurité informatique et la sûreté sanitaire.

Sur ces applications, le conseil national de l'Ordre des médecins recommande de vérifier la confidentialité des données recueillies, la sécurité informatique et la sûreté sanitaire. - AFP-Patrik Stollarz

"Dans le domaine de la santé et du bien-être, la création d'applications mobiles croit de manière exponentielle. Mais le respect de la vie privée et l'intérêt médical ne sont pas garantis. La start-up DMD Santé entend faire le tri."

Plus de 4.000 applications santé/bien-être sont disponibles au téléchargement en France. Au niveau mondial, leur volume a progressé de manière exponentielle ces dernières années, passant de 6.000 en 2010 à 100.000 en 2013. Si certaines n'ont qu'une vocation de coaching ou d'évaluation de performance sportive, d'autres ont des applications médicales primordiales, pour le suivi de maladies chroniques par exemple. Il existe des applications jouant le rôle de carnet de suivi pour diabétique. Le futur est même aux applications reliées à des objets connectés de monitoring, capables de transmettre les informations directement au médecin traitant. Or, dans ces cas de suivi médical, la confiance est un élément primordial. Comment s’assurer que ces applications sont fiables ?

Pour l’instant, il n’existe pas en France de structure rattachée au ministère de la Santé pour évaluer et certifier les applications mobiles consacrées à la santé. Alors, Guillaume Marchand, médecin-entrepreneur, "un peu geek et convaincu de l’importance de l’e-santé" comme il se définit lui-même, a décidé de créer un label: le m-Health Quality. La start-up DMD Santé qui le délivre est née en 2012 et regroupe aujourd’hui une douzaine de personnes.

Questionnaire en ligne

Le principe est le suivant: les éditeurs d’applications qui le souhaitent commencent par répondre à un questionnaire en ligne, généré automatiquement en fonction du type d’application créé. Trois critères principaux sont examinés: la pertinence des contenus médicaux et des sources citées, la conformité avec les règlements et le cadre juridique existant, et la protection de la vie privée. Si le répondant obtient suffisamment de points et répond correctement aux questions éliminatoires, l’avis rendu a priori est positif.

Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que l’éditeur peut acheter un test plus en profondeur de son application, effectué par les équipes de DMD Santé. Elles vérifient alors la réalité des faits avec les réponses apportées au questionnaire, puis fait appel à un prestataire externe pour évaluer la sécurité informatique de l’application. Enfin, la valeur d’usage est évaluée grâce à une communauté d’utilisateurs potentiels, professionnels de santé comme patients. "Nous avons constitué un réseau de 2.000 personnes dont au moins 500 professionnels de santé pour évaluer les applications", déclare le président de la start-up. 25 spécialités médicales sont représentées, dont la cardiologie, la pneumologie, l’urologie ou encore la psychiatrie. Chaque membre perçoit une rémunération de la part de DMD Santé et s'engage à être indépendant vis-à-vis des éditeurs d’applications.

L'avis des professionnels

Cette évaluation des applications coûte 1.000 euros par plateforme (iOS ou Android) à une start-up et 2.400 euros à un grand compte. L’obtention du label n’est en rien garantie, évidemment. "Cela ne me dérange pas de refuser une labellisation à un client, ils viennent surtout chercher un feed-back terrain pour pouvoir améliorer leur service. Et de toute façons, certifier n’importe quelle application ne serait pas dans notre intérêt et détruirait la crédibilité que nous construisons", assure Guillaume Marchand.

Depuis le lancement du service en 2013, 1.148 applications ont été évaluées et seule une quarantaine d’entre elles ont été labellisées, soit 3,4%. Les applications santé testées sont à la fois dédiées aux patients, aux professionnels de santé ainsi qu’à la relation médecin-patient. "L’objectif de ce label est de créer un canal de confiance afin que les particuliers puissent utiliser les applications sans être noyés", lance Guillaume Marchand.

Mais la concurrence des labels est déjà là car, en 2012 a déjà été lancé le service d'évaluation et de recommandation d'applications mobiles de santé Medappcare. Créé par David Sainati, il a reçu le soutien de bpifrance, de la Région Ile-de-France, de la Ville de Paris et de la Fondation de France.

Cadre juridique flou

Le Conseil national de l’Ordre des médecins s’est penché sur le sujet des applications de santé. Dans un livre blanc publié en janvier 2015, il estime que leur conformité doit être évaluée selon trois standards : "la confidentialité et la protection des données recueillies, la sécurité informatique, logicielle et matérielle, la sûreté sanitaire". Cela semble correspondre aux critères employés par DMD Santé. Néanmoins pour l’heure, le ministère de la Santé ne reconnaît pas officiellement ce label et ne finance pas de tests. "Nous sommes au début des réflexions sur ce sujet, dans le cadre d'une stratégie plus globale en matière d'e-santé", confie-t-on tout juste au cabinet de Marisol Touraine.

La confidentialité des données et le flou du cadre juridique sont en tous cas deux des freins principaux au développement de la santé sur terminaux mobiles. Il y a encore du chemin à parcourir. "Les applications mobiles sont généralement peu transparentes sur le traitement qui est fait des données collectées et elles se révèlent très indiscrètes", notait le Conseil national de l’Ordre des médecins l’an dernier. De son côté, la CNIL expliquait en mai 2014 que sur 121 applications examinées, 15% ne fournissaient aucune information sur le traitement des données collectées.

Balbutiements à l’étranger

Il n’existe pas encore de certification européenne propre aux applications de santé. Seules quelques initiatives - publiques ou privées - ont été menées ces dernières années dans des pays anglo-saxons. Le système de santé public du Royaume-Uni avait lancé en 2013 une bibliothèque d’applications contrôlées, mais elle a été suspendue pour dysfonctionnements en octobre 2015.

À New York, Happtique.com, lancé en 2010 par l’association des hôpitaux du Grand New York avait suscité de l’intérêt mais des failles de sécurité ont été constatées sur des applications certifiées et le service a été suspendue fin 2013. Toujours aux Etats-Unis, le site indépendant iMedicalApps.com évalue les applications sur le plan médical.

Adeline Raynal