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Dialogue musclé entre les grandes entreprises et les fournisseurs de cloud

Les grandes entreprises françaises souhaitent une certification franco-européenne pour le cloud, afin de garantir un bon niveau de sécurité et la conformité à la législation quant à la conservation des données.

Les grandes entreprises françaises souhaitent une certification franco-européenne pour le cloud, afin de garantir un bon niveau de sécurité et la conformité à la législation quant à la conservation des données. - AFP

Un nouveau rapport du Cigref qualifie de "lutte" la relation actuelle entre les fournisseurs de services cloud et leurs clients. Ses auteurs prônent la mise en place d’une réglementation « claire, protectrice et équitable », afin de restaurer un climat de confiance.

Quelle perception les grandes entreprises françaises ont-elles du cloud computing ? C’est à cette question que répond un nouveau rapport du Cigref, une association qui rassemble 140 entreprises autour des enjeux des systèmes d'information et du numérique. Rédigé suite à la consultation d’une quarantaine de DSI au sein d’une trentaine de grandes entreprises françaises et de ministères, ce document va plus loin que le simple constat d’adoption progressive du cloud.

Condensé de réflexions pilotées par le DSI d’EDF, Jean-Claude Laroche, ce rapport décrit les raisons d’une adoption massive du cloud, le qualifiant "d’incontournable". Il détaille aussi les challenges que cela implique pour l’entreprise, à partir des retours d’expérience de collaborateurs travaillant chez Axa, LVMH, Saint-Gobain, au ministère de l’Intérieur, chez Air France KLM, etc.

Des fournisseurs qui refusent de négocier

La régulation du marché est jugée insuffisante pour assurer un équilibre des pouvoirs entre fournisseurs et clients (dont le Cigref est une instance représentative). "Les opérateurs refusent très souvent de négocier au motif que leur Cloud est standard et non modifiable par les clients et utilisateurs", regrettent les auteurs du rapport. Avant d’ajouter : "Nous réclamons une certification franco-européenne pour garantir un bon niveau de sécurité et la conformité à la législation, afin de limiter les risques pour les européens. Une telle mesure apparaîtrait comme très utile. (…) Ces certifications permettraient par exemple de répondre à des questions simples comme la localisation des données; une information parfois très difficile à obtenir et pourtant exigée par la Cnil. Cette certification aiderait aussi à simplifier de nombreuses procédures et à retrouver une confiance dans le Cloud".

Dans cet écrit, le Cigref regrette la trop grande place laissée au lobbying des fournisseurs de cloud étrangers, et surtout nord-américains, auprès des législateurs européens. Ce réseau prône une plus grande implication des entreprises lors des négociations d’encadrement du marché: "on constate une écrasante majorité de fournisseurs non-européens dans les activités européennes du Cloud et un rapport de forces déséquilibré notamment entre les Etats-Unis et l’Europe". Amazon, Microsoft ou Google ne sont pas cités nommément mais sont néanmoins visés. Ce qui amène l’association à appeler de ses vœux une "gouvernance où fournisseurs et utilisateurs auraient le même nombre de voix dans les instances où ils sont consultés".

La Commission Européenne tarde à réguler

Le rapport laisse à penser que la migration vers le cloud se fait dans un contexte conflictuel entre les fournisseurs et leurs clients grands comptes, source de difficultés. "Cette lutte entre fournisseurs et utilisateurs érode la confiance et freine l’adoption du Cloud. Une réglementation claire, protectrice et équitable pourrait permettre de restaurer cette confiance", conclue le Cigref.

La Commission européenne estime que le cloud pourrait être un élément clé d’amélioration de la compétitivité des entreprises et encourage sa mise en place. Elle a initié sa régulation en 2012 en fixant des objectifs de simplification des standards techniques et de promotion de conditions contractuelles plus équitables. En juin 2013, elle a d'ailleurs chargé un groupe d’experts de déterminer les bonnes pratiques sur le plan contractuel. Reste à voir si elle accélère son action ou reste sourde aux revendications des grandes entreprises que représente le Cigref.

Adeline Raynal