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Comment Apple parvient à convaincre les grands groupes de passer des PC aux Mac

Longtemps réservé aux métiers créatifs ou aux cadres, l'ordinateur d'Apple commence à se faire une plus grande place dans les entreprises face aux PC sous Windows.

Equiper ses salariés d'ordinateurs d'Apple, les fameux Mac, a longtemps été l'apanage des métiers de la création, de l'édition ou encore de la communication. Mais dans l'écrasante majorité des cas, c'est Windows de Microsoft qui domine le marché professionnel. Pourtant, la marque à la pomme multiplie les efforts pour se faire une plus grande place dans l'entreprise malgré des tarifs bien plus élevés à l'achat que les PC classiques.

Son premier fait d'arme a été de convaincre la direction d'IBM qui a longtemps été son ennemi juré dans le marché des ordinateurs. Mais cela fait bien longtemps que le groupe américain ne fabrique plus de hardware, sa branche PC ayant été vendue au chinois Lenovo.

Reste que "Big Blue" a déployé depuis 2016 plus de 100.000 Mac en interne. Un développement motivé par une raison claire: selon IBM, les Macs se révèlent finalement moins coûteux pour la DSI (direction informatique) que les PC du point de vue des coûts d’entretien et de maintenance.

Et c'est sur ce point qu'Apple entend insister (et le faire savoir). Apple a ainsi commandé une étude au cabinet Forrester Research menée auprès de sept grandes entreprises internationales montrant que, sur trois ans, le coût moyen d’un Mac est inférieur de 628 dollars à celui d’un PC en termes de support et de coûts opérationnels. Il serait également inférieur de 50 dollars en coûts matériel et logiciel, malgré un surcoût à l’achat de 500 dollars.

Un coût d'usage moins élevé

Un constat validé par la Coopérative informatique des agents d’assurance Aviva qui a entamé une réflexion sur son parc d'ordinateurs en 2012. "Le déploiement des Mac a débuté en 2012 avec à date 2.800 iMac et 1.200 MacBook Air déployés, soit le plus grand parc de Mac déployé en entreprise en France", nous explique Frédéric Monnier, directeur général délégué.

"Nous nous sommes questionnés sur le coût de la licence Windows, sur l’assurance software et sur les coûts de déploiements. La solution Mac est moins chère malgré un prix d’acquisition du device plus élevé. Il faut en effet prendre en compte la pérennité de la qualité des machines". La conclusion semble nette puisque "finalement, le Mac est moins cher à l’utilisation et on gagne plus à la revente : 40% du prix du neuf".

A l'usage, les gains sont également importants, le responsable souligne : "on a conservé 60 mois le premier parc de Mac installés, la performance est restée la même dans le temps, même après les mises à jour. En termes de productivité, c’est top, il n’y pas d’écrans bleus sur Mac ! On a évalué que le Mac est plus fiable, d’ailleurs nous constatons cette fiabilité notamment au niveau du démarrage des machines, 10 fois plus rapide dans le temps par rapport à un PC Windows XP".

De quoi également générer des économies au niveau de la maintenance: "Nous avons ainsi divisé par deux l’équipe de maintenance à travers une baisse de la demande auprès du prestataire externe" ajoute Frédéric Monnier. "Cela n’a pas entraîné de destruction d'emplois mais les ressources ont pu être réaffectées à d'autres missions postes". 

Le cloud a tout changé

Reste l'épineuse question du logiciel. Si le Mac est longtemps resté aux portes des entreprises c'est parce que la plupart des progiciels (logiciels professionnels) étaient d'abord pensés et optimisés pour Windows. Mais le cloud a tout changé. Les applications sont désormais hébergées à l'extérieur de l'entreprise, ne dépendent plus du système d'exploitation de la machine et les ordinateurs y accèdent via Internet. "Nous avons investi dans l’applicatif en 2015 avec des solutions de comptabilité ou de messagerie (en 2012) dans le cloud. Toutes nos données sont dans le cloud ou en mode Saas (software as a service, NDLR)", explique le responsable. 

Quant à la sécurité, si les machines d'Apple ont longtemps été épargnées par les pirates, ce n'est plus le cas aujourd'hui. "PC ou Mac, aujourd’hui, c’est pareil. On utilise les mêmes applicatifs de protection et de même niveau de sécurité, il n’y pas de bénéfice particulier", confirme Frédéric Monnier.

Si le Mac peut se révéler moins cher à l'usage, il constitue également parfois un argument pour attirer les jeunes diplômés. Notamment dans certains métiers dans les technologies (développeurs, codeurs...), où les entreprises ont du mal à recruter. C'est la politique choisie par EngieIT. "60% des étudiants font toutes leurs études sur Mac. Dans un contexte d’attractivité des talents, il était important pour Engie d’avoir une réponse à cela", souligne Stéphane Hamy, Directeur du workplace chez Engie IT.

Un argument pour attirer les jeunes talents

"Mais il n’y a pas que les millennials qui sont visés par cette réponse. En effet, il existe de nombreuses personnes en entreprise qui seraient plus à l’aise par l’utilisation d’un Mac au travail. Il faut donc s’adapter à cette diversification des usages", poursuit le responsable. "Nous avons donc voulu laisser le choix au collaborateur. Chaque entité du groupe décide ou pas de laisser le choix aux salariés. Nous avons tous à gagner à laisser le choix au collaborateur de choisir l’environnement de travail dans lequel il se sent le plus à l’aise et avec lequel il sera de fait plus performant."

Clairement, ici le point n'est pas économique "mais l’image que l’on donne est très différente", ajoute Stéphane Hamy. "Sécurité, performances, coût : ce ne sont pas ces arguments qui ont poussé à ce choix. Mais bien la volonté d’offrir un choix à chacun de nos collaborateurs mais aussi pour séduire les jeunes recrues".

Pour autant, comme chez Aviva, la question de la durée de vie des Mac et de la revente des machines ont pesé. "On fait des économies sur la partie support et sur la valeur résiduelle du Mac après 4 ans. On atteint un équilibre économique. Nous voulions arrêter d’investir dans l’obsolescence et c’est clair que la durée de vie des Mac est plus longue".

Politique zéro carbone

Dernier argument qui a convaincu la direction d'EngieIT, l'écologie. Car Apple s'attache à faire des efforts en la matière: "Nous avons été également sensibles à la politique zéro carbone des Mac, l’utilisation d’aluminium recyclé pour fabriquer entièrement les châssis des Mac, l’absence de matériaux toxiques…, c’est un argument de choix".

Apple entend donc bien faire passer le message et mettre en avant, chose très rare, ces témoignages. Reste que la firme à la pomme reste encore très discrète sur sa part de marché réelle dans les entreprises face au mastodonte Microsoft.

Olivier Chicheportiche