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Bouygues Telecom rachète EI Telecom, le numéro 5 du mobile en France

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Le groupe, filiale du Crédit Mutuel, est à la tête de 5 opérateurs mobiles dont NRJ Mobile et rassemble désormais plus de 2 millions de clients. Montant de l'acquisition: au moins 530 millions d'euros.

Les opérations de concentration repartent dans les télécoms français après plusieurs années d'accalmie. Bouygues Telecom annonce annonce en effet avoir signé un protocole d’exclusivité avec Euro-Information, société du groupe Crédit Mutuel, en vue d’acquérir 100% du capital de sa filiale Euro-Information Telecom (EIT), et de conclure un partenariat de distribution exclusif associant le Crédit Mutuel, le CIC et Bouygues Telecom.

Le prix d’acquisition comprend une part fixe de 530 millions d’euros payable au closing et une part complémentaire comprise entre 140 et 325 millions d’euros, conditionnée à l’atteinte de critères de performance économique et payable sur plusieurs années.

490 millions d'euros de chiffre d'affaires

Si Euro-Information Telecom n'est pas connu du grand public, ses marques le sont. Le groupe est à la tête de 5 opérateurs mobiles dont NRJ Mobile et CIC Mobile, génère 490 millions d'euros de chiffre d'affaires (en 2018) et rassemble désormais plus de 2 millions de clients. De quoi en faire le 5e acteur du marché hexagonal.

"Cette opération, qui s’inscrit pleinement dans la stratégie de croissance de Bouygues Telecom, lui permettrait de renforcer son parc de plus de 2 millions de clients et d'élargir son réseau de distribution grâce à plus de 4.200 caisses locales du Crédit Mutuel et agences bancaires CIC, et à leurs 30.000 conseillers de clientèle", peut-on lire dans un communiqué.

"Dans un contexte où le secteur des télécoms connaît de fortes évolutions technologiques, ce partenariat stratégique permettrait à EIT de poursuivre le développement de son activité en s’appuyant sur des valeurs communes aux deux partenaires : qualité de service, proximité client et respect des collaborateurs", poursuit Bouygues Telecom.

Avec ce rachat, Bouygues Telecom dope donc son parc pour tenter de reprendre sa place de challenger à Free Mobile et confirme sa stratégie de croissance externe illustrée par les rachats récents de Nerim et Keyyo dans le B2B...

Force commerciale dans les banques

Richard Viel, directeur général de Bouygues Telecom, déclare: "Bouygues Telecom se réjouit de cette opération et de ce projet de partenariat avec le Crédit Mutuel, ce grand groupe bancaire français avec lequel nous partageons les mêmes valeurs humaines et d’attention au client. Grâce à cet accord, Bouygues Telecom pourrait accroître sa base de clients et renforcer son empreinte commerciale en proposant ses offres aux caisses locales du Crédit Mutuel et agences bancaires du CIC, réparties sur tout le territoire."

EIT, c'est donc 5 marques: NRJ Mobile, CIC Mobile, Crédit Mutuel Mobile, Auchan Mobile et CDiscount Mobile. Les trois premières représentent 70% de son parc d'abonnés. C'est surtout un opérateur sans réseau (ou MVNO) qui achète des capacités à ceux qui en possèdent un.

Comment cet acteur a-t-il réussi à tirer son épingle du jeu? Lancé en 2005, sous la marque NRJ Mobile (en partenariat avec SFR), l'opérateur surfe sur le succès des MVNO censés animés la concurrence face à Bouygues Telecom, Orange et SFR (appartenant à Altice, maison-mère de BFM Business) qui pratiquent encore des prix très élevés. En visant les 15-18 ans et les seniors à travers des offres réalisées spécifiquement pour les marques bancaires, Euro-Information Telecom rassemble dès 2011 un million de clients.

L'arrivée de Free Mobile change la donne

L'arrivée de Free Mobile en 2011 change la donne. En cassant les tarifs du mobile, celui qu'on appelait encore le trublion des télécoms rend les MVNO beaucoup moins attractifs auprès des consommateurs. Leurs parts de marché stagnent. Certains acteurs comme Virgin Mobile disparaissent, d'autres souffrent, comme EIT qui concède "quelques années difficiles".

Pourtant, EIT résiste en actionnant plusieurs leviers: la multiplication d'offres avec des marques fortes, la signature de contrats avec les trois opérateurs de réseau et le passage en 'full MVNO', soit la mise en place de son propre coeur de réseau interconnecté aux réseaux de ses fournisseurs permettant une liberté plus grande pour créer de nouvelles offres et de nouveaux services indépendamment de l'opérateur hôte. 

"En possédant notre coeur de réseau et grâce à notre taille, notre capacité de négociations auprès de nos fournisseurs opérateurs de réseau est plus forte", nous expliquait en janvier dernier Nicolas Guilbert, directeur du développement d'Euro-Information Telecom. Traduction, le MVNO peut obtenir des prix de gros (pour les minutes de voix et la data) plus avantageuses afin de formuler des offres compétitives.

La spécificité des marques joue également. "Le modèle de l'abonnement mobile vendu par une banque fonctionne car on adresse une population qui a besoin de conseils ou qui habite en ruralité", poursuit le responsable. Une proposition qui a son importance dans un marché où le sans-engagement et la vente en ligne prédominent. 

Et EIT peut s'appuyer sur un bassin de 8 à 9 millions de clients des banques Crédit Mutuel et CIC pour "proposer des synergies comme le financement du téléphone par crédit par exemple", poursuit le responsable. "D'autant plus que les réseaux bancaires cherchent aussi à diversifier leurs revenus dans un contexte de taux d'intérêt bas".

Diversification stratégique

Pour autant, dans un marché où la facture moyenne (autour de 14 euros par mois) est une des plus basse des pays développés, le groupe doit rationaliser et diversifier son offre. En 2017, la marque Cofidis Mobile lancée en 2011 est fermée. En 2014, des offres B2B sont commercialisées à destination des PME, puis des ventes de flottes et enfin une offre de fibre optique avec SFR.

La suite sera synonyme de 5G qui doit permettre justement de faire monter les prix. "C'est un axe important qui va exiger des investissements importants dans notre coeur de réseau. Nous aurons accès à la technologie des opérateurs hôtes. C'est un défi industriel, on va monter dans la chaîne de valeur", commente Nicolas Guilbert. Le rachat par Bouygues Telecom devrait accélérer cette offensive.

Olivier Chicheportiche