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Bitcoin : Les arnaques « n’ont rien à voir avec la technologie »

Les arnaques aux faux bitcoins représentent plus de 31 millions d’euros depuis le début de l’année selon l'AMF.

Les arnaques aux faux bitcoins représentent plus de 31 millions d’euros depuis le début de l’année selon l'AMF. - Jack GUEZ / AFP

Selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), les arnaques aux faux bitcoins représentent plus de 31 millions d’euros depuis le début de l’année. L’avis de Pierre Noizat, président et cofondateur de Paymium.

L’essor des arnaques au bitcoin a-t-il un effet repoussoir sur les investisseurs ?

Pierre Noizat : Oui, mais c’est une stratégie délibérée des banques centrales qui veulent retarder l’adoption des cryptomonnaies. Les arnaques au bitcoin laissent croire qu’il s’agit d’un problème de sécurité. Or, il n’y a jamais eu de problème de sécurité sur le bitcoin car c’est un modèle basé sur une signature électronique inviolable. Il y a des erreurs de jugement, oui, mais cela n’a rien à voir avec la technologie. L’utilisateur de bitcoin doit se renseigner sur ce qu’il doit faire ou ne pas faire. C’est de plus en plus vrai dans un monde numérique : il faut se former, par exemple, à la notion de signature électronique. La signature manuscrite est totalement inadaptée au monde d’aujourd’hui, elle peut être facilement falsifiée. Tout le monde doit réfléchir aux nouveaux moyens de paiement. Nous sommes au tout début du phénomène, et le bitcoin fait partie de la transition numérique. Il faut l’accompagner.

Une régulation est-elle donc attendue par les marchés ?

La régulation est en marche. Des députés l’ont pris en main à l’Assemblée nationale, et il y a une démarche intéressante de l’AMF. La résistance vient de la banque centrale, alors que les autres acteurs et mêmes les politiques, qui en ont compris l’intérêt économique, vont dans le sens d’une régulation. La labellisation par l’AMF et la mise en œuvre d’une fiscalité, dans la loi Pacte, sont des premiers pas. Il faut arrêter le discours anxiogène : si les autorités concernées ne mettent pas en avant les acteurs honnêtes, ils risquent de favoriser les plateformes peu scrupuleuses. Les clients seront trompés car ils ne sauront pas où se diriger. Il y a toujours eu des arnaques financières, le bitcoin est juste une histoire de plus. Je ne suis pas sûr qu’il crée un problème supplémentaire.

Quel est alors le risque d’un investissement dans les cryptomonnaies ?

N’importe qui peut investir dans le bitcoin, mais c’est une question de goût ou d’aversion au risque. Chacun a un rapport au risque différent. Ceux qui sont plus à l’aise dans le numérique pourront investir une partie de leurs économies dans les cryptomonnaies, et tout dépend de la quantité. Il est aussi possible d’utiliser les cryptomonnaies pour des petites transactions, sans investir, afin de s’approprier la technologie. Le risque n’est pas plus grand d’investir dans le bitcoin que dans les actions de valeurs technologiques ou biotech à la Bourse. Le bitcoin n’est pas particulier par rapport à d’autres innovations. Comme pour l’intelligence artificielle, on ne sait pas quelle société va décoller ou non. Il faut faire ses propres paris. C’est un risque inhérent à l’innovation.

Jérémy BRUNO