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Bilan contrasté de Stéphane Richard à la tête d'Orange

Les syndicats sont divisés sur le soutien à leur PDG Stéphane Richard

Les syndicats sont divisés sur le soutien à leur PDG Stéphane Richard - -

Le PDG, mis en examen le 12 juin, s'était assuré à son arrivée à la tête d'Orange une popularité immédiate, en tenant un discours humain sur les suicides, et en reprenant les recrutements. Aujourd'hui, les syndicats sont plus divisés.

Mercredi 12 juin, Stéphane Richard a été mis en examen pour "escroquerie en bande organisée" dans l'affaire Tapie. Depuis se pose la question de son maintien à la tête d'Orange (ex-France Télécom). La question doit être réglée lors d'un conseil d'administration qui se tiendra dans les prochains jours.

Depuis, le PDG mobilise ses soutiens. Parmi les politiques, il a certes des relais à gauche, mais surtout parmi les strauss-kahniens, car c'est un proche de DSK. Sa proximité assumée avec Nicolas Sarkozy, pour qui il a encore voté lors de la dernière présidentielle, joue aussi contre lui. "Son espoir secret était que Sarkozy ou DSK, une fois à l'Elysée en 2012, le nomme à la tête d'EDF, le poste dont il rêve vraiment. Mais ce scénario ne s'est pas réalisé...", assure un ancien dirigeant de l'opérateur.

Les syndicats divisés

En interne, une partie des syndicats a demandé son maintien en poste: la CFDT (22% des voix aux dernières élections), Force ouvrière (14% des voix) et la CFE-CGC/Unsa (15% des voix). Mais la CGT, premier syndicat de l'opérateur avec 23% des voix, a démenti lundi soutenir le PDG. Sud PTT (19% des voix) est sur la même ligne.

Le soutien le plus fervent de Stéphane Richard est Sébastien Crozier, le médiatique président de la CFE-CGC, qui a assuré que "les personnels souhaitent conserver leur PDG".

Mais un salarié décrypte: "Stéphane Richard et Sébastien Crozier sont des alliés de longue date, car tous deux voulaient se débarasser de Didier Lombard. Et, après le départ de Didier Lombard, Sébastien Crozier a -heureux hasard- été promu à la tête d'une filiale baptisée Orange Horizons".

Popularité immédiate

Rappelons qu'à son arrivée à France Télécom en septembre 2009, Stéphane Richard n'était que numéro deux derrière Didier Lombard. Mais ce dernier sera fragilisé par une vague importante de suicides, ce qui le fera partir plus vite que prévu, laissant Stéphane Richard seul maître à bord le 1er mars 2011.

D'emblée, le nouveau PDG s'est différencié de Didier Lombard au sujet des suicides. Il adopte un discours humain et empathique, aux antipodes de l'attitude maladroite et apparemment insensible de son prédécesseur.

Un discours qui lui vaut une popularité immédiate en interne, mais qui semble s'être érodée depuis. Selon une enquête du Comité national de prévention du stress, 69% des salariés considéreraient que le "nouveau contrat social" promis par Stéphane Richard est surtout une opération de communication...

Les suicides ne sont pas terminés

Surtout, les suicides ne se sont pas arrêtés. Les chiffres sont difficiles à établir, car la direction ne les communique pas, estimant que "ce n'est pas un indicateur du climat social". Mais le 5 juin, un salairé s'est encore suicidé sur son lieu de travail à Roubaix. Ce qui porterait à cinq le nombre de cas cette année.

En 2011, six cas avaient été rencensés en neuf mois et demi par un observatoire tenu par les syndicats.

La direction a toujours tempéré ces chiffres, en expliquant que les suicides de ses salariés n'étaient pas forcément dûs à leurs conditions de travail.

Surtout, les chiffres sont en baisse par rapport aux années noires 2008-2009, où 32 suicides avaient officiellement été dénombrés en deux ans.

La délicate gestion des effectifs

Une autre mesure avait aussi rendu Stéphane Richard très populaire lors de son arrivée: il avait décidé de procéder à 10.000 recrutements en France sur 3 ans. Là encore, cette décision allait aux antipodes de la stratégie de Didier Lombard, qui martelait vouloir réduire les effectifs à tout prix. "Le résultat est que la masse salariale a continué à augmenter", déplore Frédéric Genevrier, analyste chez OFG Recherche.

Mais Stéphane Richard a depuis changé de braquet. Son dernier plan stratégique ne prévoit que 4.000 recrutements sur 2013-2015. Cela sera loin de compenser les 11.000 départs prévus sur la période, dont 9.000 départs en retraite. D'ici 2020, 30.000 départs en retraite sont même anticipés au regard de la pyramide des âges... Certains syndicats craignent donc que cette cure d'amaigrissement ne fasse ressurgir mécaniquement les vieux démons de l'opérateur...

Fin 2012, Stéphane Richard a aussi conclu un accord pour mettre à temps partiel ses seniors. "Cet accord va coûter cher: 1,7 milliard d’euros, décrypte Frédéric Genevrier. Mais, pour la première fois, les syndicats ont accepté de signer un accord ne comprenant pas de contreparties en termes d’embauches. Cela signifie que la masse salariale va enfin baisser à compter de 2015".

Jamal Henni