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Avec Qwant Junior, le rival de Google a trouvé son cheval de Troie

Qwant Junior a été lancé en partenariat avec le ministère de l'Education, qui met au point son plan numérique pour l'Ecole.

Qwant Junior a été lancé en partenariat avec le ministère de l'Education, qui met au point son plan numérique pour l'Ecole. - Mychele Daniau - AFP

Le moteur de recherche français a lancé ce vendredi une déclinaison dédiée aux enfants. Objectif affichée: protéger leur vie privée et les tenir à l'écart de contenus inadaptés. Mais Qwandt Junior est aussi un bon moyen d'habituer les petits à ne pas choisir d'office Google.

Il est né ce vendredi 4 décembre. Qwant Junior, le moteur de recherche lancé par l'équipe de Qwant, à destination des enfants. Comme son ainé, il surfe sur le principe de protection de la vie privée, de la non-collecte des données personnelles des utilisateurs. Mais il va plus loin en mettant à leur disposition des contenus adaptés.

Le groupe qui a fondé sa première alternative à Google en 2013 est parti du constat que 62% des sites consultés par les enfants, qui passent de plus en plus de temps sur la toile, ne proposent aucun moyen d'instaurer une vigilance parentale. Quant aux moteurs existants, ils laissent à voir des contenus inappropriés. "Même en mode safe search, on peut accéder à Play Boy et Hustler puisque ces titres historiques de la presse de charme sont considérés comme des marques", pointe Eric Leandri, co-fondateur de Qwant.

Exclus les "Xhamster" et "deviantsockpuppet"

Pour concevoir Qwant Junior, les équipes ont cherché à épurer les résultats des contenus pornographiques, violents, qui parlent de drogue ou incitent à la haine. "Aujourd'hui, si vous tapez Paris, Bataclan ou Syrie dans un moteur de recherche très connu, vous voyez du sang, des décapitations", poursuit-il. Pour créer sa liste noire, les développeurs sont partis de celle mise au point par l'Université de Toulouse 1. Elle exclut des sites tels que deviantsockpuppet.com, et tout site de X, ainsi que des mots-clés parfois intrigants: "xhamster" ou "coqnu".

Pour créer sa liste blanche, celle des sites qui vont être particulièrement mis en avant, Qwant s'est servi des pages recensées par le ministère de l'Education comme particulièrement pédagogiques. Plus d'un million d'adresses. Ainsi, si l'enfant tape "mathématiques CE2" dans sa barre de recherche, au lieu de tomber sur des résultats de cours payants d'Acadomia où de livrets à acheter sur Amazon, il se verra proposer des exercices gratuits en ligne, un récapitulatif des théorèmes, etc.

Le nouveau moteur de recherche arrive à point nommé dans le cadre du plan numérique pour l'école. Le projet prévoit de connecter et d'équiper davantage d'écoles et de collèges, mais aussi de faire entrer l'éducation dans l'ère numérique en mettant en ligne les cours, en généralisant la visio-conférence pour les examens oraux. Il existe d'ailleurs une version de Qwant Junior pour le ministère de l'Education, où les profs peuvent se créer un compte, enregistrer des contenus utiles à leurs cours, et une version privée, que les enfants peuvent utiliser à la maison.

C'est là le cœur de la stratégie de Qwant: que les jeunes parlent du moteur de recherche dans leur foyer, et incitent ses autres membres à l'utiliser. Des utilisateurs dont Qwant a bien besoin. Le site a beau séduire des investisseurs tels que la Banque Européenne d'investissement, qui vient d'y injecter 25 millions d'euros, ou le géant des médias Axel Springer, il peine à conquérir les foules. Ses dirigeants refusent de donner le nombre d'utilisateurs de la plateforme. A peine concèdent-t-ils avoir enregistré 1,6 milliard de requêtes en 2014, soit autant que sur Google en 12 heures !

Le groupe en a d'autant plus besoin qu'il affirme n'avoir aucun moyen de monétiser la plateforme pour junior: elle ne propose aucun lien commercial, et ne récolte aucune donnée. Or ce projet de "marketing éthique", comme le définit Eric Leandri, a quand même coûté entre 500.000 et 1,5 million d'euros d'investissement.

L'idée, c'est donc qu'il fasse gagner des utilisateurs à son grand frère Qwant, qui lui gagne de l'argent à chaque fois qu'un internaute achète un produit en ligne. Un pari en passe d'être gagné: le ministère de l'Education nationale s'est engagé à installer le moteur de recherche sur les PC de ses membres par défaut. Soit près d'un million de nouveaux utilisateurs potentiels.

Nina Godart