BFM Business

Apple sème le doute sur l'avenir de son Apple Car

-

- - Flick'r

Le projet Titan d’Apple dans la voiture électrique et autonome prendrait-il l’eau ? La firme annonce le licenciement et le reclassement de 200 personnes dans d’autres divisions du groupe. Apple poursuit ses développements mais le doute commence à planer sur sa capacité à innover plus vite que les autres.

Que reste-t-il du projet « Titan » d’Apple dans la voiture autonome ? La question est sur toutes les lèvres depuis l’annonce hier du licenciement où plutôt du reclassement de plus de 200 personnes affectées initialement à ce projet, et qui se retrouvent désormais réintégrées dans d’autres divisions du groupe liées à l’automatisation et à l’intelligence artificielle.

En 2017, Tim Cook avait pourtant qualifié Titan comme la « mère de tous les projets d’intelligence artificielle » du groupe. Et bien qu’il reste a priori encore quelques milliers de personnes sur ce projet secret –les équipes ne sont même pas logées au siège de Cupertino mais à quelques kilomètres- le doute plane sur la capacité d’Apple à jouer un rôle de leader sur le marché de la voiture électrique et autonome.

Apple souffle le chaud et le froid sur son projet de véhicule autonome

Il faut dire que depuis qu’Apple a émis quelques ambitions dans le domaine, la firme californienne n’a cessé de souffler le chaud et le froid. Rappelons nous, en 2016, Apple annonce être dans une phase d’investissements, d’exploration et d’ajustements. Face à une concurrence très active sur le sujet de l’IA et des véhicules autonomes, il est important de donner des signes d’avancée et de réflexion dans le domaine. Certains perçoivent même une certaine accélération en début d’année.

Mais un premier coup de frein survient au cours de l’été. Beaucoup imaginent alors Apple travailler davantage auprès des équipementiers, réagissant aux initiatives des Samsung, Intel, Qualcomm et autres Panasonic. On imagine alors Apple se concentrer sur la collecte et l’analyse des données.

Avait on parlé trop vite ? En 2017, Apple donne un coup de barre dans l’autre sens. La firme recrute des cadors de la voiture autonome issus de chez Tesla et de la division véhicule autonome Waymo de Google. En parallèle il rachète une société spécialisée en réalité augmentée dans l’automobile et dépose deux brevets de siège auto intelligent et pare-brise connecté. Ming-chi Kuo, un célèbre analyste toujours très bien renseigné parie même sur la sortie d’une Apple Car dès 2023.

Un problème de gouvernance de l’innovation

Un an plus tard, nous voici à nouveau dans l’expectative avec l’annonce de ces 200 réaffectations. En interne, cette organisation est perçue comme une restructuration voulue par la nouvelle direction arrivée à la tête du projet il y a seulement un an. Mais d’autres réactions internes filtrent sur des blogs et via des journalistes du Financial Times et du New York Times. Le projet aurait grandit trop rapidement faisant surgir de nombreux problèmes notamment un manque de gouvernance de l’innovation. Au départ concentrés sur les matériels et logiciels d’auto-conduite, les programmes se sont ensuite concentrés sur le seul développement de logiciels. Bref, d’une voiture électrique et autonome, Apple viserait aujourd’hui davantage à développer un système autonome sur lequel il pourrait ensuite collaborer avec des équipementiers et des constructeurs automobiles. Bien loin de l’Apple Car initiale donc.

Une gouvernance de l’innovation à revoir

A y regarder de plus près, on peut imaginer qu’Apple se rend compte aujourd’hui à quel point le développement d’un véhicule autonome est extrêmement complexe et demande des heures et des heures de tests et validation.

Or il est clair que dans ce domaine, le groupe californien accumule un certain retard par rapport à des concurrents potentiels. Comme d’autres Apple doute aussi du temps que mettra l’industrie à parvenir au modèle tout autonome sur tout type de routes et prêt à réagir dans n’importe quelle situation ; Apple doit dès lors se poser pas mal de questions quant à la direction à choisir : robot-taxi, navette autonome, voiture de tourisme...

Reste la panne d’innovation et le doute sur la gouvernance de cette même innovation chez Apple. Ce qui se passe avec le projet Titan est symptomatique de ce qui se passerait chez Apple : moins d’inspiration, pas de « Next Big Thing » dans les cartons. La crise serait alors bien plus profonde.

En attendant selon des experts présents en Silicon Valley, Apple continuerait à faire rouler des prototypes de voitures autonomes.