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A trop augmenter le salaire minimum, on favoriserait l'emploi... des robots

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"Alors que la Californie a prévu de passer le salaire de minimum de 10 dollars à 15 dollars en 2022, des sociétés spécialisées dans la robotisation des services anticipent une explosion de la demande pour leur technologie."

Faut-il augmenter le salaire minimum? C'est l'une des questions qui agite actuellement le débat présidentiel aux Etats-Unis. Pour les Américains en tout cas, la question est tranchée puisque 70% d'entre eux sont favorables à l'augmentation du salaire minimum fédéral selon un sondage du New York Times et de CBS. Mais ils pourraient peut-être le regretter. Car la hausse des salaires pourrait accélérer la transition du salariat vers la robotisation.

La Californie fait ici figure de laboratoire. Cet Etat qui pèse pour 13% dans le PIB des Etats-Unis vient en effet de légiférer en vue de faire passer ce salaire minimum de 10 dollars (8,85 euros) actuellement à 10,50 dollars en 2017 et 15 dollars en 2022 (13,27 euros). Mais cette bonne nouvelle pour les salariés occupant des emplois sans qualification pourrait très vite inciter leurs employeurs à accélérer leur "transition robotique." "Plus la rémunération est haute, plus grande est l’incitation à remplacer la main-d’œuvre humaine par des machines. Surtout quand l’automatisation devient de moins en moins chère", explique Mark Muro, du think tank Brookings Institution dans le quotidien Le Temps

Un robot qui cuisine des hamburgers

D'autant que la Californie en général et la Silicon Valley en particulier abritent les fleurons en la matière. Comme la start-up E La Carte qui commercialise un système de commande et de paiement pour les restaurants. Créée par Rajat Suri, le co-fondateur de la société de VTC Lyft, E La Carte propose aux restaurateurs de remplacer une partie des serveurs par des écrans tactiles. "La demande déjà existante va exploser", assure Rajat Suri dit être sollicité par des restaurateurs "qui disposent des outils comme le nôtre pour ne plus devoir absorber une masse salariale plus élevée." Et s'il ne s'agit pas de robot comme on les imagine, c'est bien une machine qui peut remplacer le travail d'un humain, en l'occurrence la prise de commande.

L'arrivée des machines dans la restauration pourrait ne pas concerner que le service en salle. La société Momentum de San Francisco a ainsi mis au point une machine qui fabrique toute seule des hamburgers. Une chaîne de montage qui peut produire 360 sandwichs à l'heure. Et dans une industrie du fast food qui emploie 3 millions de personnes aux Etats-Unis généralement payés au salaire minimum, ce type d'innovation est tentante. Même si reconnaît Erik Thoresen, consultant alimentaire pour Technomi, "beaucoup de process sont complexes à réaliser en cuisine et la qualité n'est pas toujours là. En revanche pour le service, l'automatisation pourrait être plus rapide."

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Et il n'y a pas que dans la restauration que la hausse du coût de la main d'oeuvre pourrait conduire à une accélération de la robotisation. En témoigne l'arrivée il y a quelques jours de taxis autonomes à Singapour qui sont littéralement en train d'uberiser Uber. Ou encore cette alliance entre Google, Uber, son concurrent Lyft, ainsi que Ford et Volvo pour, justement, faire avancer la cause des voitures autonomes "sans chauffeur" aux Etats-Unis.

"Voitures sans chauffeur, drones effectuant des livraisons, robots-infirmiers devraient fortement se développer, détaille l'économiste Robin Rivaton, dans son ouvrage "La France est prête" (Ed. Les Belles Lettres). Mais ce qu'on appelle à tort robotisation et qui est en fait la poursuite d'un mouvement multiséculaire d'automatisation, est tout à fait capable de conduire à la disparition d'un tiers à la moitié des emplois d'ici 2035." 

Faut-il s'attendre au pire?

Un scénario qui a de quoi donner des sueurs froides. Et pourtant la disparition de certains emplois ne veut pas dire que tous les salariés sont menacés. "Un certain type de travail deviendra plus rare -le travail moyennement qualifié, explique Hakim El Karoui, associé au cabinet Roland Berger. Il y aura toujours des emplois dans les services à la personne, dans les domaines où la relation humaine est très importante. Nous aurons toujours besoin de métiers très intellectuels, produisant une forte valeur ajoutée."

Pour s'en persuader, il suffit de regarder du côté de l'industrie, le premier secteur touché par la robotisation. Si le secteur souffre en France ce n'est pas à cause de la robotisation mais des délocalisations. L'exemple allemand est symptomatique. Là-bas, l'automatisation est plus développée qu'en France et pourtant le taux de chômage est beaucoup plus faible. 

Frédéric Bianchi