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5G : Trump bannit Huawei sans le nommer, pas la France

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- - Tolga Akmen / AFP

Le président américain a interdit aux opérateurs télécoms d’acheter et d’utiliser des équipements issus de sociétés étrangères jugées à risque. Un seul acteur est en fait visé.

Donald Trump a décidé d’accentuer la pression sur Huawei. Après des appels au boycott qui ont finalement été assez peu entendus, le président américain a décidé d’interdire formellement aux opérateurs du pays d’acheter et d’utiliser des équipements issus de sociétés étrangères jugées à risque. Une formulation qui évite de citer nommément Huawei mais qui ne trompe personne.

Le locataire de la Maison Blanche a déclaré une « urgence nationale » pour prendre ce décret qui était attendu. Huawei a réagi en déclarant que ces « restrictions déraisonnables empiéteront sur les droits de Huawei » et met en garde Washington contre « une atteinte » aux relations commerciales.

Et d’ajouter avec ironie que cette interdiction va « cantonner les Etats-Unis à des alternatives inférieures et plus coûteuses » en matière de 5G. Une affirmation proche de la réalité puisque l’équipementier chinois est considéré à la pointe en matière de 5G et surtout moins cher que ses concurrents que sont le finlandais Nokia qui a racheté en 2016 le Franco-Américain Alcatel-Lucent, ou encore le suédois Ericsson.

Selon la Maison Blanche, le décret est justifié par le fait que des « adversaires étrangers exploitent de façon croissante des vulnérabilités dans les services et les infrastructures technologiques de l'information et de la communication aux Etats-Unis ».

L’administration américaine n’a pourtant jamais apporté la moindre preuve de ce danger ou de cet espionnage au profit des autorités de Pékin à travers des ‘portes dérobées’ dans les équipements de Huawei. Pour certains observateurs, il s’agit surtout d’un nouvel acte dans la guerre commerciale que se livre les deux pays et dans le domaine de la téléphonie mobile, la Chine devance les Etats-Unis tant dans les équipements réseau que dans les terminaux (smartphones).

« Prétexte »

Rappelons que les deux premières économies mondiales s'affrontent par l'imposition mutuelle de droits de douane accrus depuis que Donald Trump a lancé les hostilités. « Cela fait un certain temps que les Etats-Unis abusent de leur puissance pour jeter de façon délibérée le discrédit sur les entreprises chinoises et les refouler ainsi à tout prix, ce qui n'est ni juste, ni respectable », a commenté Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Et d’accuser Washington de recourir au « prétexte de la sécurité nationale » pour empêcher les entreprises chinoises d'investir et de prendre des parts de marché aux Etats-Unis.

D’ailleurs peu de pays suivent cette ligne américaine. L’Allemagne par exemple ne voit de problèmes majeurs à utiliser les équipements 5G de Huawei.

« Peu importe qu'un fournisseur vienne de Suède ou de Chine, les entreprises doivent satisfaire aux exigences de certification et aux contrôles de sécurité », soulignait récemment le président de l'agence fédérale allemande des réseaux, Jochen Homann.

Même les autorités britanniques ont décidé d'ouvrir partiellement les portes de leur futur réseau 5G au constructeur chinois. « Nous nous félicitons des informations selon lesquelles le gouvernement britannique s'apprête à autoriser Huawei à contribuer à la construction des réseaux 5G du Royaume-Uni », s'est réjoui un porte-parole de la firme de Shenzhen interrogé par Reuters.

En France, pas d'interdiction à l'horizon non plus. « Notre perspective n'est pas de bloquer Huawei ou toute autre entreprise, c'est de préserver notre sécurité nationale et la souveraineté européenne », a expliqué ce jeudi Emmanuel Macron. « Mais je pense que déclencher maintenant une guerre technologique ou une guerre commerciale vis-à-vis d'un autre pays n'est pas judicieux. »

Pas d'interdiction en France

Huawei doit néanmoins montrer patte blanche et joue désormais la transparence. Le constructeur a ainsi proposé de construire un centre de cybersécurité en Pologne « si les autorités l'acceptent comme une solution de confiance ».

Plus récemment, le président de la firme a assuré que son groupe était même prêt à signer des accords de « non espionnage ». « Nous sommes prêts à signer des accords de "non espionnage" avec les gouvernements, à nous engager à ce que nos équipements respectent les normes en matière de non espionnage », a déclaré Liang Hua lors d'une conférence de presse à Londres.

Les opérateurs télécoms de la planète sont de leur côté pragmatiques. Huawei est déjà omniprésent dans les réseaux 4G et est déjà leader dans les déploiements de réseaux 5G dans le monde tout simplement grâce à son rapport qualité/prix. Et se priver de l’équipementier, c’est risquer de prendre beaucoup de retard dans les déploiements 5G hautement stratégiques pour leur rentabilité future.

Cet environnement hostile n’empêche néanmoins pas Huawei de briller financièrement. Le géant chinois affiche un bénéfice net 2018 en augmentation de 25% à 7,8 milliards d'euros. Les ventes ont atteint 95,3 milliards d'euros, soit une augmentation de 19,5% sur un an.

Pour la première fois depuis sa création il y a 30 ans, Huawei passe le cap des 100 milliards de dollars de revenus annuels.

Olivier CHICHEPORTICHE