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"On a été exclu du fonds de solidarité": il aide à la fabrication de masques et risque maintenant la faillite

Un appel national a été lancé pour fabriquer des masques au printemps 2020 (Photo d'illustration)

Un appel national a été lancé pour fabriquer des masques au printemps 2020 (Photo d'illustration) - THIERRY ROGE

Lors du premier confinement, l'entreprise Pulsion Design (Maine-et-Loire) a participé à la création de masques en tissu pour répondre aux besoins. Une décision qui lui a coûté cher.

"On a fabriqué des masques par solidarité, et on a été exclu du fonds de solidarité". Vincent Bernard peine à dissimuler sa colère. Le dirigeant des Ateliers Pulsion Design, une entreprise située dans la commune de La Séguinière (Maine-et-Loire), est au bord de la faillite après deux ans de crise sanitaire, rapporte France 3 Pays de la Loire. En cause: sa participation à l’effort national sur les masques au début de la pandémie de Covid-19 qui l’a privé de dizaines de milliers d’euros d’aides entre juin 2020 et septembre 2021.

Retour en mars 2020. A l’époque, les Ateliers Pulsion Design exercent deux activités complémentaires dans le textile. Avec d’un côté, un atelier de confection de prototypes pour des marques. De l’autre, un atelier textile spécialisé dans l’impression de maillots de sport et de t-shirts pour des festivals et autres salons.

Lorsque le premier confinement est décrété le 17 mars, Vincent Bernard voit cette seconde activité être stoppée net. Il décide alors de répondre à l’appel national en fabriquant des masques en tissu. 400.000 unités seront produites dans ses ateliers.

Chute du chiffre d'affaires

Au départ, cette activité éphémère tourne bien. Elle permet à l'entreprise de réaliser un chiffre d’affaires de 500.000 euros, mais "avec 490.000 euros d’achats, 7000 euros de loyer et trente salaires à payer", elle ne lui rapporte rien, assure Vincent Bernard à BFM Business. D’autant qu’à la sortie du confinement, les masques en tissu sont peu à peu délaissés au profit des masques chirurgicaux désormais disponibles. Résultat, le dirigeant des Ateliers Pulsion Design se retrouve avec 25.000 masques sur les bras.

Mais là n’est pas vraiment le problème. Vincent Bernard déplore surtout de ne pas avoir eu pleinement accès au fonds de solidarité mis en place par le gouvernement pour soutenir les entreprises à cause de cette activité de fabrication de masques. Pourtant, son chiffre d’affaires annuel a dégringolé depuis le début de la crise, passant de 2 millions à 800.000 euros.

Or, "une baisse de 50% de chiffre d’affaires" était nécessaire pour qu’une entreprise du secteur S1bis de moins de 50 salariés comme la sienne bénéficie du fonds de solidarité, explique Vincent Bernard. "On était dedans", souligne-t-il. Mais une autre condition, non remplie cette fois, était exigée pour percevoir l’intégralité des aides: "une chute du chiffre d’affaires d’au moins 80% pendant le premier confinement", poursuit le chef d’entreprise.

22 salariés en moins

Résultat, Vincent Gérard n’aura touché en tout est pour tout que 1500 euros par mois sur six mois, soit 9000 euros, alors qu’il estime qu’il aurait pu prétendre à un total de 350.000 euros s’il ne s’était pas embarqué dans la confection de masques lors du premier confinement. Du moins songe-t-il qu'il n'aurait finalement peut-être pas dû renseigner le chiffre d’affaires réalisé grâce à cette activité dans le formulaire d’accès au fonds de solidarité:

"J’ai peut-être été naïf (…). J'aurais pu ne pas cocher cette case. On vendait nos masques aux professionnels locaux et aux pharmacies. On ne recevait plus de clients. Cela pouvait être assimilé à de la vente à emporter qu’on pouvait ne pas compter en chiffre d’affaires. J’ai plein de confrères qui ont décoché cette case parce que c’était de la vente à emporter", détaille le dirigeant.

Après deux ans de crise, Vincent Bernard est à deux doigts de mettre la clé sous la porte. Fin décembre, il est passé devant le tribunal du commerce, tandis que les effectifs de son entreprise ont d’ores et déjà été drastiquement réduits, passant de 30 à 12. Et "on sera 8 dans un mois", précise-t-il. Pour se relancer, il a tenté de lancer sa marque de vêtements made in France: "J’avais les accords des banques mais comme je n’ai pas eu les aides, elles se sont retirées du projet", déplore-t-il encore.

Il envisage désormais de vendre sa société. A moins que Bercy n’accepte de se pencher sur sa situation. Mais pour l’heure, les multiples lettres adressées au ministre de l’Economie Bruno Le Maire sont restées sans réponse.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco