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L’Allemagne veut devenir le numéro un mondial de l’hydrogène

L’Allemagne se fixe pour objectif de devenir le numéro un mondial de l’hydrogène.

L’Allemagne se fixe pour objectif de devenir le numéro un mondial de l’hydrogène. - AFP

L’Allemagne va investir 9 milliards d'euros pour s'imposer demain comme le champion mondial des piles à hydrogène. Une technologie indispensable pour stocker l'électricité produite par les éoliennes et les panneaux solaires et pour proposer une voiture électrique plus écologique.

Conserver une position dominante dans l’industrie automobile, et plus largement dans l’industrie tout en la décarbonant, c’est l’un des objectifs du plan sur l’hydrogène dévoilé ce 10 juin par le gouvernement allemand.

Discuté depuis plusieurs mois, ce plan met sur la table 9 milliards d’euros pour développer les technologies permettant de produire de l’hydrogène et de les utiliser. Et cet hydrogène sera "vert", c'est-à-dire issu d'énergies décarbonées.

"Nous posons les jalons pour devenir le numéro un mondial des technologies de l'hydrogène", a résumé le ministre de l'Economie Peter Altmeier, dans Les Echos.

Neuf milliards d’euros d’investissement

L'Allemagne prévoit une enveloppe globale de 0 milliards d'euros, dont 7 milliards pour développer le marché intérieur et 2 milliards visant à conclure des "partenariats internationaux". Cette enveloppe fait partie de l'immense plan de 700 milliards d'euros annoncé par Berlin la semaine dernière, pour relancer son économie sinistrée par les effets des mesures de restriction prises contre la pandémie de coronavirus dans le pays.

Le programme hydrogène ambitionne d'accroître les capacités de production d'hydrogène vert en Allemagne, à près de cinq gigawatts d'ici 2030 et dix d'ici 2040. Le gouvernement veut également "verdir" l'hydrogène utilisé par les industriels allemands qui ont pour le moment recours massivement à de l'hydrogène issu d'énergies non renouvelables.

Un autre axe du projet est le développement des réseaux de distribution. L'Allemagne compte investir dans la recherche, la technologie étant pour le moment encore confrontée à de nombreuses difficultés pratiques. Le conglomérat allemand Thyssenkrupp a ainsi annoncé ce mercredi un partenariat avec le fournisseur d'électricité RWE pour utiliser de l'hydrogène durable dans une de ses aciéries allemandes, à Duisbourg.

L’industrie automobile en pointe

Mais le principal secteur visé par ce plan reste l'automobile, engagé depuis plusieurs années dans une marche forcée vers la décarbonation, après les multiples scandales liés aux moteurs diesels frauduleux. L'hydrogène, en stockant l'électricité produite par les éoliennes et les panneaux solaires, peut alimenter en énergie les moteurs des automobiles électriques, dont Berlin veut développer l'usage, pour décarboner son secteur des transports.

Le lobby allemand de l'industrie automobile, la VDA, a salué le plan présenté mercredi, estimant qu'il allait "dans la bonne direction", tout en déplorant un "manque d'ambition et de précision" sur certains points. Les industriels allemands voient dans les piles à hydrogène dans les voitures, une alternative aux batteries électriques classiques, fabriquées pour la plupart en Chine.

Mi-avril, le constructeur automobile allemand Daimler et son concurrent Volvo ont ainsi annoncé une alliance pour construire des piles à hydrogène pour poids lourds dans le cadre d'une entreprise commune valorisée à 1,2 milliard d'euros. BMW avait aussi dévoilé fin mars un prototype de son SUV X5 fonctionnant à l’hydrogène.

L’utilisation de cette énergie dans les transports reste encore une niche, sa fabrication se montre très énergivore et le réseau de stations-service proposant ce carburant est très limité. Le plan ambitionne de dépenser des fonds dans la recherche et le développement, afin de résoudre ces difficultés et de lui donner une dimension industrielle. 

D'autres projets en Europe

L'Allemagne n'est pas le seul pays européen à s'intéresser à cette technologie: la France va consacrer 1,5 milliard d'euros de financement public sur trois ans pour "parvenir à un avion neutre en carbone en 2035" grâce notamment à la propulsion à hydrogène. Faurecia, Michelin, Renault travaillent aussi de concert pour développer des transports fonctionnant à l’hydrogène. Renault a présenté au début d’année au CES de Las Vegas (Etats-Unis) des utilitaires à hydrogène. Chez Faurecia, développer cette technologie d’abord pour le transports de marchandises (train, bâteau) doit permettre de réaliser des économies d’échelle pour ensuite proposer cette technologie par exemple sur des voitures individuelles.

Pauline Ducamp avec AFP