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Les constructeurs français misent sur l’hydrogène… pour leurs utilitaires

Renault annonce qu'il commercialisera dès la fin de l'année un Kangoo à hydrogène.

Renault annonce qu'il commercialisera dès la fin de l'année un Kangoo à hydrogène. - Anthony BERNIER - Renault

Renault commercialisera d’ici la fin de l’année une version hydrogène avec prolongateur d’autonomie du petit utilitaire Kangoo. En 2020, le Master passera lui aussi en version hydrogène.

"L’hydrogène, nous n’avons pas fini d’en parler", lançait début septembre Jean-Dominique Sénard sur LCI. Ce mardi, le président de Renault a dévoilé la commercialisation pour la fin de l’année d’un Kango ZE Hydrogen. Après le petit utilitaire suivra en 2020 un Master ZE Hydrogen, soit un véhicule commercial un peu plus gros (voir l’encadré ci-dessous).

Cette annonce fait suite à celle de Carlos Tavares, en septembre, au salon automobile de Francfort (Allemagne). Le patron de PSA avait précisé que le groupe allait lancer "les premiers tests grandeur nature de vente de véhicules à hydrogène en 2021". Ces tests seront eux aussi réalisés avec des utilitaires, des flottes de véhicules qui reviennent chaque jour au même point, "parce qu’il y a une infrastructure de chargement qui est coûteuse". Cette solution rappelle le fonctionnement de Hype, à Paris, une société de taxis qui opérera dès l’an prochain 500 véhicules à hydrogène.

"C’est une technologie qui nous intéresse vraiment", nous confiait à Francfort Carlos Tavares. Cela n’a pas toujours été le cas.

Le paradoxe français

Contrairement aux constructeurs allemands, et surtout aux Coréens et Japonais, Renault et PSA ne semblaient pas vraiment croire à cette technologie. Il y a bien eu des recherches, via notamment les plans industriels lancés en 2014 par Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif. Il y a aussi eu des concepts-car, comme la Peugeot 207 e-Pure, un prototype écolo qui explorait cette solution de la pile à combustible. Mais les constructeurs hexagonaux en sont restés au stade de l’étude. Renault a misé pleinement depuis la fin des années 2000 sur la voiture électrique à batterie, PSA s’est aujourd’hui lancé aussi bien dans l’électrique que l’hybride rechargeable, après le fiasco de l’hybride diesel au début des années 2010, et surtout contraint d’arrêter certains développements avec la crise de 2008/2009.

A côté des deux mastodontes de l’auto française s’est pourtant développée une véritable filière H2. Elle court de la production d’hydrogène chez Air Liquide, à l’intérêt d’EDF pour la question, en passant par la start-up Symbio, qui produit des piles à combustible pour des prolongateurs d’autonomie pour voiture électrique, McPhy qui développe des stations de production à éoliennes ou encore à l’équipementier auto Plastic Omnium, qui travaille sur les réservoirs à hydrogène dans les véhicules.

Nombre de ces sociétés font d’ailleurs partie de l’Hydrogen Council, une association pour développer la mobilité à hydrogène dans le monde. Les choses ont commencé à bouger l’an dernier, justement sous l’impulsion mondiale, face notamment aux questions (et limites) posées par la voiture à batterie.

L’année dernière, comme le rappelle L’Usine Nouvelle, un plan de 100 millions d’euros a été annoncé pour développer l’hydrogène en France, aussi bien dans le développement des stations de recharge, que dans l’investissement dans des flottes pour les collectivités.

Une technologie économiquement viable? 

Les constructeurs automobiles français se joignent aujourd’hui à ce mouvement, qui s’accélère autour des grands groupes. L’équipementier Faurecia et le pneumaticien Michelin ont ainsi conclu en mars une coentreprise pour développer la mobilité à hydrogène, une coentreprise qui fonctionne autour de … Symbio. C’est la technologie de cette société qui sert de base aux Kangoo et Master à hydrogène. Symbio avait déjà équipé une flotte d’un millier de Kangoo électriques, utilisée par la Poste, avec son prolongateur d’autonomie à pile à combustible en 2016.

Si Toyota ou Hyundai ont développé des voitures particulières à hydrogène (voir ici notre essai du Hyundai Nexo), PSA et Renault misent d’abord sur les utilitaires. Une stratégie identique à celle de Faurecia par exemple. L’équipementier voit l’hydrogène se substituer au diesel, pour les poids lourds, bus, utilitaires, et voir aussi les trains ou même le transport maritime. L’an dernier, selon L’Usine Nouvelle, 11.200 véhicules à hydrogène ont été écoulés dans le monde, de la voiture au bus.

En 2030, la Chine compte mettre un million de voitures à hydrogène. De quoi faire baisser le prix encore élevé de la technologie comme des stations. Le nouveau Kangoo ZE Hydrogen sera ainsi commercialisé (hors bonus) 48.300 euros… soit deux fois plus qu’un Kangoo diesel.

Dans sa version avec prolongateur d'autonomie à hydrogène, le Kangoo offre 140 kilomètres d'autonomie supplémentaires, par rapport à un Kangoo électrique classique.
Dans sa version avec prolongateur d'autonomie à hydrogène, le Kangoo offre 140 kilomètres d'autonomie supplémentaires, par rapport à un Kangoo électrique classique. © Anthony BERNIER

Renault devient cette année l’un des rares constructeurs à proposer un véhicule de série à hydrogène. Après les berlines Honda Clarity ou Toyota Mirai, ou le SUV Hyundai Nexo, Renault a dévoilé ce mardi une version avec prolongateur d’autonomie hydrogène de son Kangoo électrique, un petit utilitaire. C'est un premier pas dans cette technologie, avec un prolongateur, là où les autres marques offrent une motorisation 100% hydrogène.

Moteur électrique, batterie et prolongateur d’autonomie offrent 370 kilomètres d’autonomie au véhicule, qui roule à l’électricité. Pas de CO2, seulement un peu d’eau rejeté. Le plein d'hydrogène se fait en une dizaine de minutes maximum, en plus de la recharge de la batterie qui demande elle plusieurs heures. Le Master gagnera lui plus de 250 kilomètres d’autonomie, grâce au prolongateur.

"L'équiper d'une batterie plus grosse serait paradoxal, compte tenu du coût et du poids nécessaire, explique Denis Le Vot, directeur des utilitaires pour l’Alliance, aux Echos. L'hydrogène constitue une source additionnelle d'énergie permettant de compléter les limites des batteries traditionnelles". Une solution plus économique que des véhicules 100% hydrogène.

Pauline Ducamp