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Terres rares et technologie : la grande hypocrisie

L'utilisation et l'extraction de nombreux métaux a des conséquences dévastatrices sur la planète.

L'utilisation et l'extraction de nombreux métaux a des conséquences dévastatrices sur la planète. - Pixabay

De plus en plus de citoyens sont séduits par le fait de consommer mieux, qui plus est de manière responsable. Encore faut-il, pour parvenir à cette fin, ne plus utiliser ni ordinateur, ni téléphone portable, encore moins de voiture électrique…

Elles se nomment nickel, cobalt, cérium, europium, lithium ou encore cuivre… Elles ? Ce sont ces matières premières qui entrent dans la composition de produits électroniques, numériques et technologiques et que nous utilisons tous les jours. Batteries rechargeables pour véhicules électriques, écrans d’ordinateur, batteries en lithium pour téléphone portable, piles… Sans ces métaux, nos objets du quotidien ne seraient pas.

Le problème c’est que nos ambitions, si louables soient-elle, de jouer la carte d’une énergie « décarbonée » présentée comme « propre » et « responsable » se révèlent, en fin de compte, annihilées par l’utilisation massive de ces métaux dont l’extraction a des conséquences dévastatrices sur la planète. Une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Caroline du Nord aux Etats-Unis montre ainsi que l’utilisation des nouvelles trottinettes électriques s’avère plus polluante que prendre le bus. La faute aux dégâts écologiques provoqués donc par l'extraction...

Utopie technique

Prenons l’exemple des véhicules électriques. Depuis quelques mois, il ne se passe pas une journée sans qu’une annonce ne soit faite dans le secteur. Les promesses quant à un boom de la filière attirent aujourd’hui même les amateurs à l’instar du géant de l'électroménager Dyson qui aspire, lui aussi, à sortir un modèle de voiture électrique. Cette industrie représente désormais des centaines de milliards de dollars d'investissements. L'an dernier, il s'est vendu un peu plus de deux millions de voitures électriques. Et d’ici 2025, le prix de leurs moteurs seront comparables à ceux des moteurs essence ou diesel.

Résultat : Bloomberg New Energy Finance prévoit qu’il devrait s’en écouler 10 millions par an, 56 millions en 2040 (soit, à ce moment-là, autant voire plus que les voitures thermiques). Sauf que cet essor n’est bien sûr pas sans conséquences. Au rang des matières premières utilisées pour concevoir les batteries des véhicules électriques, le nickel figure en très bonne place et la demande pour ce matériau devrait augmenter de 10 700% d’ici 2030, selon Bloomberg. 

En principe, il n’existe pas aujourd’hui de définition unique de ce que constitue un « métal rare ». A priori, on parle surtout d’une série de métaux dont la production ne dépasse pas 100 000 tonnes par an sur le plan mondial. Parmi ces métaux figure une sous-catégorie qualifiée de « terres rares » qui réunit en son sein 14 métaux. Leur production s’avère particulièrement faible mais l’importance dans des secteurs stratégiques se veut extrêmement importante. Et pour cause, certaines filières comme celles des moteurs électriques, des écrans plats et des piles ne sauraient s’en passer.

Le fait est que les terres rares en question se concentrent principalement dans un pays : la Chine. C’est elle qui en détient aujourd’hui l’exclusivité. Ce qui n’a pas toujours été le cas puisque depuis que « les terres rares » sont devenues essentielles à la conception de certaines produits électrotechniques, l’Europe a choisi de se retirer du marché, laissant à la Chine la quasi-totalité de la production mondiale et les désagréments qui vont avec.

Pollution, trafic et délocalisation

En Afrique, deux éléments centraux de l’électronique moderne sont produits : le tantale et le cobalt. Ils jouent un rôle crucial dans la conception de piles et de batteries destinées aux téléphones et ordinateurs portables. Le fait est que, pour prendre l’exemple du tantale, celui-ci s’avère au cœur d’une guerre qui ravage l’Afrique de l’ouest depuis des décennies. Entre contrebande généralisée, pillages réguliers… Les trafics sont légion. Idem au Rwanda où le blanchiment de ce métal est également monnaie courante.

En outre, si l’Europe a choisi de mettre un terme à l’exploitation de ces métaux, c’est bien pour des raisons financières et environnementales. Si bien qu’en délocalisant leur exploitation en Chine, les problèmes ont tout simplement été déplacés et des pays jadis « en voie de développement » font aujourd’hui figure de « poubelles de l’occident ».

Guerre commerciale

Pour couronner le tout, les tensions commerciales qui se tiennent entre Pékin et Washington depuis plus d’un an risquent de poser rapidement problème aux Etats-Unis. Du fait de l’exclusivité actuelle de la Chine sur cette question, les tensions avec les autres pays ne font forcément qu’augmenter.

Aussi, la stratégie de Donald Trump de mettre la pression sur l’empire du Milieu en faisant passer de 10% à 25% les droits de douane sur 200 milliards de dollars pourrait bien fortement le desservir. Surtout que depuis 2006, la Chine a déjà réduit ses quotas d’exportation. Quant à la production des métaux en question, celle-ci a également été révisée de peur que les réserves ne s’épuisent.

Julie COHEN-HEURTON